—Nous allons d'abord nous rendre chez le directeur de la police.
Pour la première fois, madame Théodore Jacob envisagea franchement le vicomte de Raffinay: il lui fit un peu peur; elle se demanda si Théodore trouverait bon qu'elle sortît seule avec ce jeune homme. Puis, la pensée de son mari étendu sur la paille humide d'un cachot lui rendit tout son courage, et s'armant de sa dignité la plus sérieuse:
—Je suis prête, monsieur...
—Vous me permettrez, madame, d'envoyer chercher une voiture, car il s'agit de ne pas perdre un instant.
—J'en ai une en bas...
—Alors, madame, je suis à vos ordres.
Dans la voiture, la jeune femme eut de nouveau recours aux sanglots; Raffinay sentit qu'il y allait de son honneur d'apaiser un peu son chagrin.
—Mon Dieu, madame, permettez-moi de vous dire que vous vous affligez trop; cette aventure est désagréable, pénible, ennuyeuse, et voilà tout; un jour ou deux de patience, et M. votre mari sera rendu à la liberté; je me mets jusque-là tout à votre disposition, et si je puis vous être bon à quelque chose, j'en serai charmé, croyez-le bien.
—Ah! monsieur, je vous remercie; mais songez qu'il y a seulement quatre jours que nous sommes mariés... Ah! si l'on m'avait prédit une chose pareille!
—Croyez-en ma vieille expérience, madame: quand vous aurez dix ans de mariage, une séparation de deux ou trois jours vous semblera moins effrayante.