«Que de remercîments à vous faire pour ce bail si obligeamment signé! J'ai été désolée de vous manquer encore hier; nous partons huit jours plus tôt, c'est l'ordre. Adieu et au revoir! je me mets en route ce soir à six heures.

«Baronne de T...»


[SOULIERS GALANTS]

Le ministre des affaires étrangères à X... était l'heureux mari d'une femme charmante. Son Excellence approchait de la soixantaine, tandis que madame la marquise abordait à peine une florissante trentaine. Le ministre était fort aimable, la ministresse ne l'était pas moins, seulement quelque peu capricieuse; la plus serviable amie, toute pleine d'un zèle militant, mais une assez rancunière ennemie, et, malheureusement, les plus en faveur la veille n'étaient pas sûrs le lendemain de la même fortune. Une coterie intime entourait invariablement la marquise, mais les personnages changeaient, ce qui aurait pu expliquer bien des avancements de carrière, bien des changements de destination, dont la cause était restée voilée aux yeux du profane. Aussi les secrétaires du plus bel avenir, les jeunes attachés les plus aimables, ne prenaient-ils jamais un congé sans venir déposer aux pieds de la marquise l'humble hommage de leurs respects. Quelques esprits frondeurs avaient voulu, en vérité, tenir tête à cette occulte influence; mais, le plus souvent, ils finissaient par aller rafraîchir leur mauvaise humeur dans quelque poste de l'extrême Orient.

En revanche, les serviteurs empressés étaient l'objet de sa vigilante protection, et il était patent que ces messieurs de la légation de Paris jouissaient d'une considération toute particulière. Pas un, du reste, qui ne se déclarât compétent à exécuter les plus difficiles commissions féminines; celui-là allait quérir des plumes à la rue du Caire (on croit encore à la rue du Caire par delà la frontière), l'autre se chargeait d'assortir les rubans et de transmettre au couturier les plus minutieuses indications.