Ottobini resta là deux heures, recommandant les nuances, discutant les moindres détails. Il prit dix fois son chapeau et revenait toujours dire quelque chose. Tout parfaitement décidé, il partait définitivement, quand l'artiste s'écria tout à coup: Mais la mesure, monsieur, la mesure, je ne l'ai pas!
Ottobini faillit s'évanouir. La mesure, il ne l'avait pas non plus, le malheureux! On songea aux expédients inadmissibles de l'aller demander chez le fournisseur éconduit; il comprendrait pourquoi on la voulait, et aurait soin de la donner à faux. On pouvait télégraphier, mais où? La marquise était sur les grandes routes, on perdrait un temps précieux. Écrire, cela se pouvait encore moins. Cependant il fallait prendre un parti; l'artiste était consterné, Ottobini désespéré, quand l'amie eut une inspiration: elle entraîna l'attaché dans un coin de la pièce, lui parla à mi-voix et en souriant; il souriait aussi tout en se défendant.—Vous devez pourtant avoir un gant.
—Un gant? Oui, peut-être. Pourquoi?
L'amie se retourna vers l'artiste:
—Avec un gant, vous pourrez, n'est-ce pas, vous rendre compte du pied?
L'autre répondit bravement: Oui.
—Il me faudrait seulement quelques renseignements complémentaires; par exemple, le cou-de-pied de madame la marquise est-il accentué?
—Extrêmement.
—Le pied est-il gras ou maigre?