L'amie le rassura. X... était un homme de génie, il s'en tirerait en maître.
On partit à la recherche du gant; il était gisant, pêle-mêle, avec d'autres memento parfumés.
Ottobini, le retrouvant, le baisa aussi galamment que si la marquise eût été là pour le voir, et, ne doutant plus du succès, médita seulement la maladie d'un oncle testateur dont la santé chancelante l'avait déjà appelé bien des fois à ses côtés, toujours pour le trouver guéri à l'arrivée.
La demande de congé fut dûment expédiée, et l'autorisation du ministre revint par télégramme. Caressant dès lors les plus doux projets, Ottobini passa quelques jours charmants en attendant celui du départ: il avait reçu une amabilissime lettre de la belle marquise, et l'avenir lui semblait couleur de rose.
La commande fut livrée à l'heure et au jour dits; soumise à l'inspection sévère de l'amie, elle fut jugée par elle digne de tous les suffrages.
Ottobini était quasi amoureux de ces jolis petits souliers; il leur trouvait presque une personnalité, bien campés, élancés, semblant prêts à se mouvoir tout seuls. Il ne douta pas de l'extrême approbation de la marquise, lui envoya une dépêche rassurante, et se mit en route.
Il trouva la santé de l'oncle très-consolidée, et reçut de lui le conseil d'aller à X... pour les fêtes. Ce fut avec ce petit boniment que le jeune attaché se présenta devant son ministre. Il fut écouté distraitement, Son Excellence étant alors plus occupée de combinaisons européennes que des fortunes du bel Ottobini, lequel annonça l'intention d'aller déposer ses respectueux hommages aux pieds de la marquise et fut approuvé.
La marquise était installée à l'hôtel, sans une minute pour respirer à l'aise; car, entre les majestés, les officieux, les visites officielles, les affaires de cœur et le désordre de ses malles, elle passait des journées qui auraient été écrasantes pour une autre, mais qui ne l'empêchaient point d'être fraîche, reposée, et se mourant surtout d'impatience de voir venir ses souliers. Il faut dire aussi que le souverain attendu lui avait jadis fait force compliments sur son joli pied, et qu'elle avait particulièrement à honneur de maintenir cette admiration.
Elle ne fit donc pas attendre Ottobini, le reçut, coiffée de gala, en robe de chambre garnie d'alençon, son griffon sur les genoux, une tasse de café à la main et son plus divin sourire sur les lèvres.