[LA MAZOURKE DE SON EXCELLENCE]

I

Après un été passé en Norvége à la recherche des introuvables saumons scandinaves, Vancouver Lynjoice, premier secrétaire de la légation de Sa Majesté Britannique, revenait à Tenheiffen (Allemagne orientale), sa résidence actuelle. En route, il pensait avec plaisir à sa Chancellerie, à son petit appartement du Ganzemarkt, à sa propriétaire éminemment respectable et aux collègues qu'on retrouvait au Cercle tous les soirs, dans le même salon vert.

Aussi, une heure à peine après son retour, Lynjoice faisait-il son entrée à ce bienheureux Cercle, cravaté de blanc, avec cet aspect savonné des fils d'Albion, les cheveux et la barbe d'un luisant admirable, le monocle dans l'œil gauche, un air beau garçon et une rose trop épanouie au revers de son habit.—Toute la diplomatie de Tenheiffen était à son poste; Michel Platoff se balançait dans le meilleur fauteuil, et d'un œil fixe et rêveur suivait la fumée de sa cigarette; Droutzky, le bel attaché militaire autrichien, était adossé à la cheminée, et le grand Hollandais, Van Beck, lisait son interminable Gazette; M. de Bove, qui représentait la France, s'évertuait à accomplir des prodiges d'équilibre sur une chaise qu'il faisait pirouetter tantôt sur un pied, tantôt sur un autre, toujours lui dessus.

A la vue de Lynjoice, ce fut une exclamation, on l'attendait; il n'amusait personne, mais on ne l'avait pas vu depuis trois mois, ce qui est précieux entre gens qui se rencontrent tous les jours.

—Salut, Lynjoice, commença Michel Platoff, la bonne langue du corps diplomatique, et qui parlait toujours le premier, plus beau que jamais, dear boy.

—Le fait est, dit Droutzky, que lorsqu'on n'a pas vu cet excellent Vancouver depuis quelque temps, il éblouit.