Et elle tendit à Rollo l'épingle qu'il se décida à prendre et à mettre dans la poche de son gilet.

— Eh bien! mon pauvre ami, vous êtes pire que Jean, qui est toujours dévoré de la crainte de me voir fondre. Seulement, s'il m'offrait des figures aussi désespérées, je le prierais de s'absenter.

— Mais je n'ai pas une figure désespérée, marquise.

— Pardonnez-moi ; si vous sortiez, vous effrayeriez les populations. Un peu de moral, que diable! Enfin, je me flatte que ma visite vous aura fait du bien ; si un petit tête-à-tête avec moi n'avait pas le pouvoir de vous dérider, vous avouerez que j'aurais le droit d'être humiliée. Je reviendrai demain, et promettez-moi, d'ici là, d'obéir à mes ordonnances.

— Qui sont, marquise?

— Primo : de changer de visage ; secundo : de soigner votre belle-mère qui a l'air plus malade que sa fille et, tertio : de penser à notre petit voyage. Je suppose que maintenant mes chevaux sont repus, Lapierre aussi, et que je puis m'en aller ; comme vous n'êtes pas amusant du tout, c'est ce que j'ai de mieux à faire.

— Vous êtes bien bonne d'être venue.

— Ah çà! croyez-vous que je sois une amie en carton? Apprenez que j'adore être utile, et que j'ai un esprit fertile en ressources ; demandez à Jean. Avez-vous besoin de Jean?

— Mais non, marquise.

— Parce que je vous avertis que, si je ne vous trouve pas à tous d'autres ligures, je viens m'installer ici. Mille tendresses à Berthe et à Mme d'Épone ; embrassez-les de ma part, et, si le médecin donne la moindre des inquiétudes, promettez-moi de m'envoyer Sabine immédiatement. Je tiens à ma bru.