— Il faut que je me lève, que je parte ; maman serait trop épouvantée.

— On ira l'avertir.

— Non, je ne veux pas ; cela ne sera rien ; je vous en prie, qu'on attelle.

— J'irai avec vous, dit Mme de Mottelon.

— Non, Madame, non.

— Si, je le veux absolument. Hortense, ma chère fille, prends la peine de donner les ordres : le coupé, nous serons mieux, et qu'on attelle ma vieille Étoile, qui ne bronche jamais… ; tout de suite, il ne faut pas que notre chère Mme d'Épone s'effraye. Je vais m'habiller ; faites-lui prendre encore un peu d'éther ; elle est déjà mieux.

Et, toute contente, Mme de Mottelon l'embrassa affectueusement et fut touchée des tendres baisers qu'elle reçut en retour.

CHAPITRE XIII

Quand la voiture de Mme de Mottelon parut en haut de l'allée du Grez, Mme d'Épone commençait à être fort inquiète. Elle avait épuisé toutes les suppositions qui pouvaient expliquer naturellement l'absence prolongée de sa fille et elle se préparait à faire monter à cheval un homme d'écurie et à l'envoyer en reconnaissance à Bretoncelles. La vue de sa fille aux côtés de Mme de Mottelon lui fut un choc et elle comprit que quelque chose d'insolite s'était passé ; mais Berthe était là et le soulagement fut immédiat et extrême. L'excellente Mme de Mottelon fit, avec sa douceur pleine de distinction, le récit de ce qui était arrivé et épargna à la jeune femme la moindre explication. Le rôle providentiel de Vincent ne fut pas atténué, bien au contraire, et Mme de Mottelon ne pouvait assez s'extasier sur l'incroyable bonne fortune qui l'avait amené ce matin-là à la gare de Bretoncelles.

— Je vous conseille, dit-elle pour finir, de faire coucher cette jeune femme, qui, malgré tout ce qu'a dit mon fils, a été jetée très fortement hors de la voiture ; elle n'a rien de cassé, Dieu soit loué! mais elle aurait un peu de fièvre, que cela ne m'étonnerait pas.