Enfin, trois heures sonnèrent, et elle appela. Mme d'Épone fut auprès d'elle en une seconde, suivie de Sabine, qui venait voir comment allait la tête de sa petite maman, et lui frotta le front de ses doigts potelés ; avec elles, la réalité sembla revenir ; on donna du jour, et l'air embaumé d'un après-midi d'août entra dans la chambre. Berthe poussa un soupir :

— Je suis bien, dit-elle en souriant doucement ; je vais me lever.

Elle éprouvait un besoin impérieux de secouer ses hallucinations, d'être elle. Mme d'Épone la regarda avec son beau visage marmoréen qui savait sourire, même dans l'angoisse.

— Tu as raison ; Sabine et moi nous irons au devant de ton mari ; je veux qu'il soit rassuré avant d'arriver ici.

Berthe la remercia.

— Oui, et je t'en prie, ma chère maman, dis-lui bien que je n'ai rien du tout : je n'ai eu que peur.

— C'était assez naturel.

Malgré toutes les précautions oratoires de sa belle-mère, Raymond de Rollo fut épouvanté d'apprendre le danger que sa chère femme avait couru. Le pauvre garçon bénissait Dieu de la présence de Vincent, ne songeant guère quelle blessure mortelle son bonheur avait reçue ce jour-là. A son gré, il n'arrivait pas assez vite chez lui. En retrouvant Berthe, il se livra sans contrainte aux démonstrations de joie que son cœur lui suggérait : prenant et reprenant sa femme dans ses bras, la tenant à distance pour la mieux voir, et lui demandant pardon du péril auquel il l'avait exposée :

— C'est ma faute, c'est moi qui me suis laissé prendre par Farandole!

A dîner, il fallut déboucher du Champagne et boire avec enthousiasme à la santé de Vincent de Mottelon. En vain, Berthe avait demandé deux ou trois fois qu'on ne parlât plus de tout cela, et sa mère, la voyant pâlir, s'était jointe à elle ; mais il était impossible de modérer la joie bruyante de Raymond ; il répétait :