D’après Mohammed el Tounsi, le sultan du Dar Four délivrait chaque année plusieurs salatiehs semblables ; les départs ayant lieu à la même époque, il assignait à chacun un terrain de parcours, pour éviter les conflits.

Beaucoup d’esclaves mouraient en route. Ceux qui ne voulaient pas accepter la captivité pouvaient s’y soustraire en s’asseyant sur le sol et en demandant la mort. On faisait alors droit à leur requête en les assommant à coups de bâton, devant les autres, auxquels leur sort servait d’exemple. Quelques-uns succombaient à la fatigue. Il se déclarait aussi des épidémies. Enfin le changement de climat et de nourriture en tuait beaucoup au Dar Four même. A tout cela s’ajoutait la tristesse de leur nouvelle condition, ainsi que la crainte, très répandue encore qu’injustifiée, d’être, à l’arrivée, vendus aux Arabes et mangés par eux.

Une fois acheté, au contraire, l’esclave trouvait une double sauvegarde dans les recommandations d’humanité de la religion musulmane et dans l’intérêt qu’avait son maître à le conserver en bon état.

Ces expéditions, conformément à la loi religieuse, ne portaient que sur les infidèles. On négligeait toutefois la prescription d’après laquelle les idolâtres attaqués auraient dû être préalablement mis en demeure d’embrasser l’islamisme.

Elles étaient régies, au Ouadaï, par des coutumes différentes. Le titre de sultan y restait exclusif au souverain du pays. C’est également lui qui prenait l’initiative des chasses. Il déléguait un fonctionnaire pour les conduire, et se réservait la plus grosse part.

Ces détails appartiennent au domaine d’un passé relativement lointain déjà ; les rezzous de ce genre ont pris fin ; et si parfois de faux et même de véritables pèlerins, en se rendant à La Mecque, essayent de faire franchir notre frontière, par fraude, à quelques captifs qu’ils espèrent vendre en Arabie, l’administration locale s’attache avec succès à déjouer et à punir leurs tentatives.


TROISIÈME PARTIE

LA TRAVERSÉE DU DÉSERT DE LIBYE