Ce soir ? D’après les indications que je possède, nous avons encore, je l’ai dit, soixante ou quatre-vingt-dix kilomètres à faire à partir d’Hemeimêt ; soit, en ce moment, avec les dix qui nous en séparent, soixante-dix ou cent. Mais je comprends fort bien. Si nous devons arriver ce soir, je n’ai plus à me préoccuper de l’eau ; je puis relâcher ma surveillance. C’est là qu’on veut en venir.
Mes guerbas sont maintenant sur mon chameau ; nul n’y touchera. En tout cas, nous ne sommes pas égarés. C’est déjà un point important.
Hemeimêt disparaît, comme ce matin, presque aussitôt. Nous le revoyons une heure plus tard. Je constate que les deux monticules, qui me semblaient accolés d’abord, sont bien séparés.
Le soleil se couche lorsque nous arrivons à sa hauteur.
Nous cessons à ce moment de nous diriger vers le Nord et nous obliquons N.-N.-O.
On ne s’arrête pas, aujourd’hui, pour le thé. Je ne dis rien. Je sais pourquoi. Je demande jusqu’à quelle heure nous marcherons. Comme hier, me répond-on, c’est-à-dire jusqu’à une heure du matin environ ; et demain, au lever du soleil, nous verrons le puits. Le voici déjà plus loin que tout à l’heure ; nous devions arriver ce soir.
Nous progressons longtemps dans la nuit, d’une allure maintenant rapide.
Quand l’aube me paraît proche, je manifeste l’intention de faire halte. Les hommes semblent ne pas entendre. Seul, Ratab arrive, insinuant, cauteleux. Il insiste pour continuer. Il croit que j’ignore toujours qu’il n’a pas d’eau.
— « C’est pour les chameaux, me dit-il ; ils n’ont pas bu depuis sept jours. Il faut à tout prix qu’ils arrivent au puits demain matin. »
Il oublie que je ne suis pas un débutant en matière de désert. Je lui réponds que je ne lui demande rien. Je fais barraquer ma monture et je mets pied à terre. On se décide alors à obéir.