Je n’ai pas insisté pour pénétrer dans la Zaouia même, ni pour approcher de la Kubba. De même qu’à Koufra, j’ai laissé au second plan le genre de documentation que j’aurais pu, peut-être, y recueillir. Des publications antérieures, dont j’ai fait mention déjà, ont d’ailleurs donné sur Tadj, sur Djof, sur Djalo, sur Djerboub, des détails nombreux.

Nous sommes maintenant en territoire égyptien. La frontière part du petit port de Sollum, sur la Méditerranée, et passe à 50 milles environ à l’ouest de Djerboub.

En prévision de notre départ, mes indigènes font dépôt de leurs fusils et de leurs cartouches entre les mains du Cheikh. A Sioua, l’administration égyptienne ne leur permettrait pas de rentrer en Libye avec elles. Ils les retrouveront à leur passage.

5 décembre. — Hier soir, on m’a servi pour dîner un plat de riz qu’avait fait Bakrit. Après trois bouchées, je lui ai trouvé un goût étrange, et j’ai laissé le reste. J’ai été bien inspiré, car le peu que j’avais absorbé m’a causé, dans la nuit, un violent malaise, et je suis encore très souffrant ce matin. Bakrit, questionné, attribue mon indisposition à l’huile d’olive qu’il vient d’acheter ici. Je ne vois pas en quoi l’huile d’olive peut avoir, en si faible quantité, des effets aussi insolites. D’ailleurs, on m’avait donné du beurre ; pourquoi cette huile ?

Nous partons à dix heures. Je n’ai plus rien à faire à Djerboub. Nous marchons à peu près Sud-Est. La dépression que nous avons suivie avant-hier s’infléchît d’abord dans cette direction ; puis je la perds de vue. Je demande jusqu’où elle va, on me répond vaguement ; j’ai, une fois de plus, l’impression qu’un sentiment religieux détourne les indigènes de donner des indications, relativement à la région du lieu saint. Doma même, qui, ce matin, est allé visiter la Kubba, me dit qu’il ne peut m’en décrire l’intérieur. On lui a recommandé le silence. Je n’insiste pas. Les détails en sont connus.

Nous faisons halte une demi-heure avant le coucher du soleil au pied d’un groupe de très belles garas qui s’appellerait gara Oum el Acha. Il y a là un pâturage et quantité de moustiques, les premiers pour moi depuis bien longtemps.

6 décembre. — De petites boursouflures, faites d’une croûte saline, apparaissent par places sur le sol ; puis nous passons sur de gros blocs compacts d’un magnifique sel blanc, dont le pied sent les bosses dures sous le sable, et qui affleure en maint endroit ; une vaste sebkha commence là, encadrée de longues barrières rocheuses. J’aperçois deux nappes d’eau assez étendues, au milieu d’une terre brunâtre qui présente l’aspect d’un champ labouré. Je trouve des fossiles de diverses espèces, des coquillages[24].

Les reliefs rocheux sont toujours et nombreux et assez élevés, les pâturages fréquents.

Nous arrêtons à Gegel. C’est, en travers de la route, et venant de notre droite, une pointe de dunes qui s’achève en pâturage et vient buter, à notre gauche, contre une longue gara parallèle à la piste. Il y a, dans un creux, trois trous pleins d’eau claire, mais salée. Ici encore, des moustiques.

Je commence à me remettre de mon étrange malaise de Djerboub. Je n’en connaîtrai jamais la cause exacte. En tout cas, elle ne saurait être imputable aux habitants de la Zaouia. L’hospitalité senoussi s’est montrée, à mon égard, au-dessus de tout soupçon de cet ordre.