1o Dans mon plan, il serait formé un Lycée asiatique, partagé en deux sections ou colléges; l’une appelée collége des Drogmans ou Interprètes; l’autre collége des Traducteurs.

2o Le collége des Drogmans serait placé dans Marseille, ou le plus près possible de cette ville, parce qu’étant destiné à l’enseignement pratique des langues du Levant, il doit être placé là où se trouvent les plus grands moyens de cette pratique, là où abordent, où vivent nos nationaux qui ont passé des années au Levant, et les indigènes du Levant qui viennent commercer à Marseille.

3o Le collége des Traducteurs resterait placé à Paris, où l’abondance des livres et les secours littéraires de tout genre lui fournissent des moyens et les alimens qu’il ne trouverait pas ailleurs.

4o Le collége des Drogmans aurait des professeurs, d’abord au nombre de quatre, savoir: un pour le turk, un pour le persan, un pour l’arabe barbaresque, et l’autre pour l’arabe d’Égypte, de Syrie, etc. Ces professeurs seraient nés dans les langues qu’ils enseigneraient, sans égard à leurs opinions religieuses, dont ils conserveraient une raisonnable liberté.

5o Tout professeur serait tenu de savoir deux langues asiatiques, l’un le turk et l’arabe, l’autre le persan et l’arabe, parce que cette dernière est devenue partie intégrante des deux autres.

6o Si d’abord ils n’entendaient pas le français, on leur donnerait pour adjoints des Français sachant la langue de chacun d’eux.

7o L’établissement des Jeunes de langues, qui est à Paris, serait fondu dans celui-là: les dix ou douze places que le gouvernement y solde seraient occupées de préférence par les enfans des drogmans, chanceliers, consuls français, dont les services au Levant auraient le mieux mérité ce genre de récompense.

8o Ces jeunes gens arriveraient à l’âge de dix ans au plus tôt, de douze au plus tard, et déjà ils apporteraient un fonds très-précieux de langage, puisque dans nos échelles du Levant, tous les enfans de résidents parlent trois et quatre langues sans confusion d’aucune.

9o A ce premier fond du collége, se joindrait un nombre de pensionnaires que fourniraient, de leur plein gré, les négocians français qui font ou voudraient faire le commerce du Levant.

10o Le nombre total de ces élèves ne devrait pas d’abord s’élever au-delà de quarante ou cinquante, afin qu’ils reçussent des soins suffisans.