«C'est pour avoir dérogé à cette base que chez vous, comme chez tout peuple, se sont introduits les désordres qui vous ont enfin soulevés. C'est en revenant à cette règle que vous pourrez les réformer, et reconstituer une association heureuse.
«Mais observez qu'il en résultera une grande secousse dans vos habitudes, dans vos fortunes, dans vos préjugés. Il faudra dissoudre des contrats vicieux, des droits abusifs; renoncer à des distinctions injustes, à de fausses propriétés; rentrer enfin un instant dans l'état de la nature. Voyez si vous saurez consentir à tant de sacrifices.»
Alors, pensant à la cupidité inhérente au cœur de l'homme, je crus que ce peuple allait renoncer à toute idée d'amélioration.
Mais, dans l'instant, une foule d'hommes généreux et des plus hauts rangs, s'avançant vers le trône, y firent abjuration de toutes leurs distinctions et de toutes leurs richesses: «Dictez-nous, dirent-ils, les lois de l'égalité et de la liberté; nous ne voulons plus rien posséder qu'au titre sacré de la justice.
«Égalité, justice, liberté, voilà quel sera désormais notre code et notre étendard.»
Et sur-le-champ le peuple éleva un drapeau immense, inscrit de ces trois mots, auxquels-il assigna trois couleurs. Et l'ayant planté sur le siége du législateur, l'étendard de la justice universelle flotta pour là première fois sur la terre; et le peuple dressa en avant du siége un autel nouveau, sur lequel il plaça une balance d'or, une épée et un livre, avec cette inscription:
à la loi égale, qui juge et protége.
Puis, ayant environné le siége et l'autel d'un amphithéâtre immense, cette nation s'y assit tout entière pour entendre la publication de la loi. Et des millions d'hommes, levant à la fois les bras vers le ciel, firent le serment solennel de vivre libres et justes; de respecter leurs droits réciproques, leurs propriétés; d'obéir à la loi et à ses agents régulièrement préposés.
Et ce spectacle si imposant de force et de grandeur, si touchant de générosité, m'émut jusqu'aux larmes; et m'adressant au Génie: «Que je vive maintenant, lui dis-je, car désormais je puis espérer.»
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