À ces mots, une foule de théologiens de toute secte s'écrièrent que cette doctrine était un pur matérialisme; que ceux qui la professaient étaient des impies, des athées, ennemis de Dieu et des hommes, qu'il fallait exterminer.—«Hé bien, répondirent les chamans, supposons que nous soyons en erreur; cela peut être, car le premier attribut de l'esprit humain est d'être sujet à l'illusion; mais de quel droit ôterez-vous à des hommes comme vous, la vie que le ciel leur a donnée? Si ce ciel nous tient pour coupables, nous a en horreur, pourquoi nous distribue-t-il les mêmes biens qu'à vous? Et s'il nous traite avec tolérance, quel droit avez-vous d'être moins indulgents? Hommes pieux, qui parlez de Dieu avec tant de certitude et de confiance, veuillez nous dire ce qu'il est: faites-nous comprendre ce que sont ces êtres abstraits et métaphysiques que vous appelez Dieu et ame, substance sans matière, existence sans corps, vie sans organes ni sensations. Si vous connaissez ces êtres par vos sens ou par leur réflexion, rendez-nous-les de même perceptibles: que si vous n'en parlez que sur témoignage et par tradition, montrez-nous un récit uniforme, et donnez à notre croyance des bases identiques et fixes.»
Alors il s'éleva entre les théologiens une grande controverse sur Dieu, et sur sa nature; sur sa manière d'agir et de se manifester; sur la nature de l'ame et son union avec le corps; sur son existence avant les organes, ou seulement depuis leur formation; sur la vie future et sur l'autre monde: et chaque secte, chaque école, chaque individu différant sur tous ces points, et motivant son dissentiment de raisons plausibles, d'autorités respectables, et cependant opposées, ils tombèrent tous dans un labyrinthe inextricable de contradictions.
Alors le législateur ayant réclamé le silence, et ramenant la question à son premier but: «Chefs et instituteurs des peuples, dit-il, vous êtes venus en présence pour la recherche de la vérité; et d'abord chacun de vous croyant la posséder, a exigé une foi implicite; mais apercevant la contrariété de vos opinions, vous avez conçu qu'il fallait les soumettre à un régulateur commun d'évidence, les rapporter à un terme général de comparaison, et vous êtes convenus d'exposer chacun vos preuves de croyance. Vous avez allégué des faits; mais chaque religion, chaque secte ayant également ses miracles et ses martyrs, chacune produisant également des témoignages et les soutenant de son dévouement à la mort, la balance, par droit de parité, est restée égale sur ce premier point.
«Vous avez ensuite passé aux preuves de raisonnement; mais les mêmes arguments s'appliquant également à des thèses contraires; les mêmes assertions, également gratuites, étant également avancées et repoussées; l'assentiment de chacun étant dénié par les mêmes droits, rien ne s'est trouvé démontré. Bien plus, la confrontation de vos dogmes a suscité de nouvelles et plus grandes difficultés; car, à travers les diversités apparentes ou accessoires, leur développement vous a présenté un fond ressemblant, un canevas commun; et chacun de vous s'en prétendant l'inventeur autographe, le dépositaire premier, vous vous êtes taxés les uns les autres d'être des altérateurs et des plagiaires; et il naît de là une question épineuse de transmission de peuple à peuple des idées religieuses.
«Enfin, pour combler l'embarras, ayant voulu vous rendre compte de ces idées elles-mêmes, il s'est trouvé qu'elles vous étaient à tous confuses et même étrangères; qu'elles portaient sur des bases inaccessibles à vos sens; que, par conséquent, vous étiez sans moyens d'en juger, et qu'à leur égard vous conveniez vous-mêmes de n'être que les échos de vos pères: de là cette autre question de savoir comment elles ont pu venir à vos pères, qui, eux-mêmes, n'avaient pas d'autres moyens que vous de les concevoir: de manière que, d'une part, la succession de ces idées étant inconnue, d'autre part leur origine et leur existence dans l'entendement étant un mystère, tout l'édifice de vos opinions théologiques devient un problème compliqué de métaphysique et d'histoire...
«Comme néanmoins ces opinions, quelque extraordinaires qu'elles puissent être, ont une origine quelconque; comme les idées les plus abstraites et les plus fantastiques ont, dans la nature, un modèle physique, une cause, quelle qu'elle soit, il s'agit de remonter à cette origine, de découvrir quel fut ce modèle; en un mot, de savoir d'où sont venues, dans l'entendement de l'homme, ces idées maintenant si obscures de la divinité, de l'ame, de tous les êtres immatériels qui font la base de tant de systèmes, et de démêler la filiation qu'elles ont suivie, les altérations qu'elles ont éprouvées dans leur succession et leurs embranchements. Si donc il se trouve des hommes qui aient porté leurs études sur ces objets, qu'ils s'avancent et qu'ils tentent de dissiper, à la face des nations, l'obscurité des opinions où depuis si long-temps elles s'égarent.
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CHAPITRE XXII.
Origine et filiation des idées religieuses.
À ces mots, un groupe nouveau, formé à l'instant d'hommes de divers étendards, mais lui-même n'en arborant point, s'avança dans l'arène; et l'un de ses membres portant la parole, dit: