Que partout ils vivaient célibataires, afin de s'épargner jusqu'aux embarras domestiques;
Que partout, sous le manteau de la pauvreté, ils trouvaient le secret d'être riches et de se procurer toutes les jouissances;
Que, sous le nom de mendicité, ils percevaient des impôts plus forts que les princes;
Que, sous celui de dons et offrandes, ils se procuraient des revenus certains et exempts de frais;
Que, sous celui de recueillement et de dévotion, ils vivaient dans l'oisiveté et dans la licence;
Qu'ils avaient fait de l'aumône une vertu, afin de vivre tranquillement du travail d'autrui;
Qu'ils avaient inventé des cérémonies du culte, afin d'attirer sur eux le respect du peuple, en jouant le rôle des dieux dont ils se disaient les interprètes et les médiateurs, pour s'en attribuer toute la puissance; que, dans ce dessein, selon les lumières ou l'ignorance des peuples, ils s'étaient faits tour à tour astrologues, tireurs d'horoscopes, devins, magiciens, nécromanciens, charlatans, médecins, courtisans, confesseurs de princes, toujours tendant au but de gouverner pour leur propre avantage;
Que tantôt ils avaient élevé le pouvoir des rois et consacré leurs personnes, pour s'attirer leurs faveurs ou participer à leur puissance;
Et que tantôt ils avaient prêché le meurtre des tyrans (se réservant de spécifier la tyrannie), afin de se venger de leur mépris ou de leur désobéissance;
Que toujours ils avaient appelé impiété ce qui nuisait à leurs intérêts; qu'ils résistaient à toute instruction publique, pour exercer le monopole de la science; qu'enfin en tout temps, en tout lieu, ils avaient trouvé le secret de vivre en paix au milieu de l'anarchie qu'ils causaient, en sûreté sous le despotisme qu'ils favorisaient, en repos au milieu du travail qu'ils prêchaient, dans l'abondance au sein de la disette; et cela, en exerçant le commerce singulier de vendre des paroles et des gestes à des gens crédules, qui les paient comme des denrées du plus grand prix.