Quant à la série ascendante de ces rois, elle continue d'être confuse; car au-dessus de Cherâhil, Aboul-feda compte en remontant,

1° Amrou Dou-l-Azaâr; 2° son frère Afriqos, fils 3° d'Abraha-zou-el-Minar, fils 4° d'El-Sab-Zoul-Qarnain, fils 5° de Haret Arraïés.

Hamza, au contraire, supprime el Sâb; prétend qu'Abraha régna 183 ans, Afriqos 164, et Zoûl-Azaâr 25; tandis que, selon Nouèïri, le successeur de Haret fut Hàïar, fils de Galeb, fils de Zeid, lequel Hàïar régna 120 ans: selon Ebn Hamdoun, le successeur d'Afriqos aurait été son fils El-Faï-der Zou-Chanâtir, qui alla en Irâq (Babylonie), et y périt.

Mais tous ces auteurs s'accordent sur Haret-Arraïès, comme ayant été le prince le plus remarquable par ses grandes actions.

«A son avènement (dit Hamza), l'Iémen était partagé en deux états, celui de Saba et celui de Hadramaut. Haret les réunit par conquête. Avant lui, les Iémenais n'avaient point été rassemblés en un seul corps de nation (excepté au temps de Homeir). Ce fut à Haret qu'ils se réunirent tous; ce fut lui qu'ils suivirent tous; d'où lui vint le surnom de Tobba (celui qui se fait suivre), surnom qui ensuite devint le titre spécial de tous ses successeurs. Après avoir soumis l'Iémen, il entreprit de grandes expéditions qui s'étendirent jusqu'au Hend (l'Indus): il vainquit les Turks dans l'Aderbidjan, en une bataille très meurtrière; il en amena une quantité d'enfants en esclavage, et rapporta en Iémen un butin d'une richesse immense; de là lui fut donné le surnom d'Arraïés, celui qui enrichit (mot à mot, qui couvre de plumes, sans doute parce que la plume d'autruche fut chez ces peuples le signe de l'opulence).»

Maintenant comparons ces détails à ceux de Ktésias.

Ninus s'associe au roi d'Arabie. Les historiens de cette contrée assurent qu'il n'y eut point d'autres rois des Arabes que ceux de l'Iémen. Ce roi d'Arabie s'appelait Ariaios ou Araios. Haret a le surnom d'Arraïés... Ariaïos accompagna Ninus contre Pharnus, roi des Mèdes. Arraïés livra une bataille terrible dans l'Aderbidjan, qui est la Médie propre et originelle; il la livra aux Turks, c'est-à-dire à des hommes de teint blanc, tels que sont les montagnards de cette contrée, que les auteurs arabes et persans ont appelés Turks, parce que n'ayant aucune idée des anciens Mèdes, ils ont cru que le pays avait toujours été habité par des Turkmans, comme de leur temps. Arraïés poussa jusqu'à l'Indus.—Selon Ktésias, Ninus y alla aussi. Arraïés importa un butin immense. Ninus combla Ariaïos des plus riches dépouilles. Avec tant de traits d'une si parfaite ressemblance, l'on ne saurait douter que l'Arabe Haret-Arraïés ne soit l'Ariaïos de Ktésias et de Ninus, et nous en verrons une dernière preuve complémentaire dans les traditions perses sur la dynastie Pichedâd. Objectera-t-on que l'intervalle entre Haret et Balqis n'est point rempli d'un nombre suffisant de générations? En effet, les auteurs ne comptent que cinq ou six princes pour 200 ans: mais de Balqis à Alexandre ils n'en comptent que sept, dans environ 670 ans. Il est évident (eux-mêmes s'en plaignent et nous en avertissent) que toutes ces successions sont fracturées et incomplètes, comme le sont aussi les dynasties perses de Kéïan et de Pichedâd, ainsi que nous le verrons. Peut-être est-ce pour combler leurs lacunes, que quelque ancien chronologiste a porté le règne d'Arraïés à 125 ans, selon Nouèïri; à 150 selon Hamza; et les règnes d'Abraha et d'Afriqos, ses successeurs, l'un à 164, l'autre à 183, etc.; nombres absurdes, dont les véritables causes d'erreur sont désormais ignorées. Nous n'avons que des fragments, et il doit nous suffire d'y trouver les principales convenances observées. C'en est une de voir Haret placé au moins cinq ou six règnes avant Balqis, surtout lorsque les récits décousus et mutilés des auteurs nous laissent apercevoir qu'il y eut des troubles civils et des changements de dynastie. Par inverse de l'objection citée, nous devons dire qu'ayant reconnu l'identité de personnage, nous avons en main les moyens de rectifier ces monuments, et d'apprécier leurs erreurs. Enfin nous verrons dans les traditions perses, qu'en comparant les époques respectives des trois Tobbas, surnommés premier, dernier et du milieu, l'identité de Haret et de Ariaïos se trouve encore confirmée.

Alors que Haret fut contemporain de Ninus, son règne en Arabie dut commencer vers 1240; parce qu'avant d'être appelé par Ninus, il lui fallut un laps de temps pour subjuguer l'Iémen, et en joindre les diverses principautés à celle de Hadramaut, qui fut son premier domaine. Ici nous obtenons un moyen de classer un autre événement remarquable, qui nous est cité par les auteurs de M. Schultens:

«Ils nous disent que quinze pères, c'est-à-dire quinze générations avant Haret, avait vécu et régné Homeir, fils de Saba, qui, le premier de la race de Qahtan (Ieqtan), régna sur tout l'Iémen (Hamza). Il était fils de Saba-abd-el-chems, et il chassa les Arabes Temoûd de l'Iémen dans l'Hedjaz (Aboulfeda).

«Ce fut le plus habile cavalier et le plus bel homme de son temps: son nom de Homeir (rouge) lui vint de ce qu'il était toujours vêtu de cette couleur. Il fut le premier qui posa sur sa tête une couronne d'or; il régna 50 ans (Nouèïri).»