3° Enfin il semble que les lettres alphabétiques furent les mêmes chez les Assyriens et chez les anciens Arabes de l'Iémen: les Arabes modernes, qui depuis le siècle de Mahomet seulement ont adopté l'alphabet syrien, nous apprennent qu'avant cette époque, les autres Arabes, et spécialement ceux de l'Iémen, avaient un système alphabétique totalement différent.

«Nos lettres arabes (disent-ils) s'écrivent de droite à gauche. Celles des Hémiarites (Homérites) s'écrivent de gauche à droite (comme le grec et l'éthiopien): elles sont liées (entre elles) comme les lettres éthiopiennes. On les appelle Mosnad, ou appuyées, ce qui se dit aussi de plusieurs autres lettres anciennes, inconnues[324].

«Il y a douze espèces d'écritures, dit Maula-ebn-Kair; savoir: l'arabique, l'hémiarite, la grecque, la persane, la syrienne, l'hébraïque, la romaine, la copte, la berbère, l'andalouse, l'indienne et la chinoise.»

Dans cette énumération nous pouvons désigner toutes les espèces, excepté l'hémiarite: par berbère il faut entendre l'éthiopien dont Ludolf nous a donné le dictionnaire. L'écriture persane est le zend, que nous ont fait connaître Hyde et Anquetil; l'indienne est le sanscrit; l'andalouse est l'écriture appelée par Velazquez caractères inconnus des anciens espagnols. L'hémiarite reste donc la seule qui n'aurait pas de type connu; mais puisque dans ce tableau nous ne voyons pas l'écriture à clous tracée sur les ruines de Persépolis et sur les briques des murs de fondation de l'ancienne Babylone, n'est-ce pas une raison de penser que cette écriture à clous doit être l'hémiarite? On convient que ces murs et ces briques doivent leur origine à l'Assyrienne Sémiramis; par conséquent ils sont les caractères dont usaient les Assyriens, ces lettres qu'Hérodote appelle lettres assyriennes, analogues aux caractères de Persépolis, mais plus compliqués: or, si à l'époque de Nabukodonosor et de Nabonasar, c'est-à-dire lorsque la race indigène des Chaldéens eut recouvré son indépendance nationale, l'écriture alphabétique des Babyloniens était ce que nous appelons la chaldaïque, analogue à celle des Syriens et des Phéniciens, n'avons-nous pas droit de conclure que les Assyriens et les Homérites, à titre d'enfants de Sem, eurent un système de lettres commun et identique, de même que les Phéniciens et les Arabes Chaldéens, à titre d'enfants de Kush, en eurent aussi un commun, mais différent des précédents, dont ils étaient les ennemis? Pour obtenir la démonstration de cette hypothèse, il nous faudrait la découverte de quelque ancien monument arabe à Mareb, ou en d'autres villes de l'Arabie heureuse[325].

Quant à l'écriture à clous considérée en elle-même, c'est une autre énigme qui n'a pas encore trouvé son Œdipe[326]. Voyons si en prenant toujours Hérodote pour guide, nous serons plus heureux vis-à-vis de deux sphinx chronologiques, qui jusqu'à ce jour ont fait le désespoir de nos devanciers.

TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS CE VOLUME.

[CHAPITRE. Ier]—PÉRIODE des rois juifs[3]
[CHAP. II.]—Durée des juges[26]
[CHAP. III.]—Secours fournis par Flavius Josephus[41]
[CHAP. IV.]— Y a-t-il eu un cycle sabbatique[52]
[CHAP. V.]—Des temps antérieurs à Moïse et des livres attribués à ce législateur[59]
[CHAP. VI.]—Passages du Pentateuque, tendants à indiquer en quel temps et par qui cet ouvrage a été ou n'a pas été composé[62]
[CHAP. VII.]—Époque de l'apparition du Pentateuque[69]
[CHAP. VIII.]—Suite des preuves[81]
[CHAP. IX.]—Problèmes résolus par l'époque citée[94]
[CHAP. X.]—Suite du précédent[107]
[CHAP. XI.]—Examen de la Genèse en particulier[119]
[CHAP. XII.]—Du déluge[123]
[CHAP. XIII.]—De la tour de Babel, ou pyramide de Bel à Babylone[138]
[CHAP. XIV.]—Du personnage appelé Abraham[148]
[CHAP. XV.]—Des personnages Antédiluviens[164]
[CHAP. XVI.]—Mythologie d'Adam et d'Ève[176]
[CHAP. XVII.]—Mythologie de la création[185]
[CHAP. XVIII.]—Examen du chap. 10 de la Genèse, ou système géographique des Hébreux[213]
[CHAP. XIX.]—Division de Sem[235]
[CHRONOLOGIE DES ROIS LYDIENS.]
§ I[283]
§ II. Solution de quelques difficultés[345]
REMARQUES sur la traduction de M. LARCHER[361]
[CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE.]
EMPIRE ASSYRIEN DE NINIVE.
§ I. Sa durée. Hérodote et Ktésias opposés quant au temps, mais non quant aux faits[367]
§ II. Idée générale de l'empire assyrien, selon Ktésias, en Diodore, livre II, page 113 et suivantes, édition de Wesseling[377]
§ III. Exposé d'Hérodote, sur la durée de l'empire assyrien[397]
§ IV. Calculs d'Hérodote comparés à ceux des Hébreux; dissonance qui en résulte[402]
§ V. Solution de la difficulté[411]
§ VI. Coup d'œil sur l'histoire des manuscrits juifs[417]
§ VII.—Monument arménien confirmatif de notre solution[422]
§ VIII. Analyse de la liste assyrienne de Ktésias[429]
§ IX. Époque de la guerre de Troie, selon les Assyriens et les Phéniciens[439]
§ X. Examen de la liste assyrienne de Ktésias[454]
§ XI. Chronologie des Arabes homérites, favorable au plan d'Hérodote[476]
FIN DE LA TABLE.

NOTES: