§ XXVII. «Lorsqu'il eut subjugué les Grecs de l'Asie, il pensa à équiper une flotte pour attaquer les Grecs insulaires: tout était prêt pour la construction des vaisseaux, lorsque Bias de Priène, ou selon d'autres, Pittacus de Mitylène vint à Sardes (et l'en détourna.)»

§ XXVIII. «Quelque temps après, Crésus subjugua toutes les nations en deçà du fleuve Halys, excepté les Kilikiens[202] et les Lykiens; savoir, les Phrygiens, les Mysiens, les Maryandiniens, les Chalybes, les Paphlagoniens, les Thrakes de l'Asie[203], c'est-à-dire les Thyniens et les Bithyniens, les Kariens, les Ioniens, les Doriens, les Éoliens et les Pamphyliens.»

§ XXIX. «Tant de conquêtes ajoutées au royaume de Lydie avaient rendu la ville de Sardes très-florissante: tous les Sages qui étaient alors en Grèce, s'y rendirent chacun en son particulier: on y voit entre autres arriver Solon.»

Ici Hérodote raconte en détail toute l'entrevue de Crésus et de Solon.

§ XXXIV. «Après le départ de Solon, la vengeance des dieux éclata d'une manière terrible sur Crésus.»

Ici Hérodote raconte la mort d'Atys, fils chéri de ce prince, avec tous les incidents qui y sont relatifs. Comme ils sont amusants, ainsi que les discours de Solon, la plupart des lecteurs perdent de vue le fil chronologique du fond de l'histoire.

§ XLVI. «Crésus pleura deux ans la mort de son fils Atys: mais l'empire d'Astyag, fils de Kyaxarès, détruit par Kyrus, et celui des Perses qui prenait de jour en jour de nouveaux accroissements, lui firent mettre un terme à sa douleur.»

Arrêtons-nous un moment ici. Nous y trouvons une date qui nous est connue: la défaite et la prise d'Astyag par Kyrus datent de 561. Crésus avait donc perdu son fils en 563. La visite de Solon avait pu se faire cette année là même, conformément à ces mots: après le départ de Solon: mais elle ne peut se reculer au delà de 564.

Crésus avait donc fait ses conquêtes nombreuses et successives dès avant l'année 564 ou 563: et cela dans un temps où la moindre ville fortifiée exigeait des années de blocus et de siége. Il avait donc commencé son règne plusieurs années avant l'an 564. Un fait authentique cité par les Grecs prouve qu'il régnait dès avant 570; car selon d'anciens auteurs cités par Plutarque et par Diogène de Laërte[204], Pittacus homme très-remarquable pour avoir été un des sept Sages de la Grèce, pour avoir sagement gouverné pendant plusieurs années Mitylène, et surtout pour avoir volontairement abdiqué le pouvoir suprême, Pittacus qui mourut l'an 570 (an 3 de la 52e olymp.), avait eu avec Crésus, déjà roi, divers rapports notoires d'affaires et d'amitié: Crésus entre autres lui ayant fait offrir une pension et des présents, il se dispensa de les accepter, par la raison que venant d'hériter de son frère, il était du double plus riche qu'il ne voulait. Hérodote lui-même en racontant comme possible que le roi de Lydie en eût reçu des conseils sur son expédition contre les Grecs insulaires, atteste implicitement qu'il régna de son temps. Nous avons donc le droit de supposer que Crésus commença de régner au plus tard en l'an 571, et l'on voit que par les probabilités il a pu régner bien plus tôt: or, si son règne fut de 14 ans et 14 jours, il n'avait plus à la fin de l'an 561, et au début de l'an 560, que 3 ans à régner. Poursuivons le texte d'Hérodote, et ne perdons pas de vue cette indication lumineuse et simple.

Suite du texte.