Larcher présente un tableau curieux de leurs noms et de leurs opinions, dans sa note sur le § LXXIV du premier livre[219]; parmi les anciens, il cite: 1° Cicéron et Pline, qui assignent l'éclipse à l'an 584 avant J.-C., et il omet Solin qui suit leur avis[220]; Clément d'Alexandrie, qui interprétant Eudemus, la place vers l'an 580; parmi les modernes, Riccioli, Dodwel, Desvignoles, de Brosses, qui se rangent à l'avis de Pline; Scaliger, qui hésite entre 585 et 583; Usher ou Usserius qui préfère l'an 601; Calvisius, l'an 607. Il omet les astronomes anglais Costard et Stukeley, qui la veulent, avec Bayer, l'an 603;[221] enfin lui-même adopte l'opinion de Petau, de Hardouin, Marsham, Bouhier et Corsini, qui ont cru la trouver en 597; mais comme cette dernière opinion n'est pas mieux fondée que les autres, et qu'elle implique également des anachronismes et des discordances, Larcher convient que cette époque n'est pas sûre,[222] vu les variantes des auteurs; ainsi rien n'est prouvé, et rien ne pouvait l'être; car de toutes les dates alléguées, pas une ne cadre avec le texte d'Hérodote, à 18 ans près; et parce que ce texte est notre régulateur général et commun, la base unique de tous les raisonnements que l'on a faits et que l'on peut faire, nous allons l'exposer sous les yeux du lecteur, non par fragments détachés, auxquels on fait dire tout ce que l'on veut, mais dans son ensemble; parce qu'alors les faits s'éclairant réciproquement par leur liaison et par leurs circonstances, il en résulte un ordre de temps, et un classement de dates obligatoire et presque forcé, qui exclut toutes les divagations dans lesquelles sont tombés nos prédécesseurs pour n'avoir pas suivi cette méthode.

L'éclipse en question étant arrivée dans le cours du règne de Kyaxarès, roi des Mèdes, au commencement de la sixième année d'une guerre qu'il eut contre Alyattes, roi des Lydiens, sans que l'on sache, en quelle année commença cette guerre, il est nécessaire de rassembler et de classer par ordre successif tous les événements de ce règne; pour cet effet, il faut d'abord remonter jusqu'à la mort de Phraortes, père de Kyaxarès.

Texte d'Hérodote.[223]

§ CII. «Phraortes, (roi des Mèdes) ayant attaqué les Assyriens de Ninive,.... périt dans cette expédition avec la plus grande partie de son armée..... Kyaxarès, son fils, lui succéda.»

Nous sommes d'accord avec Larcher, que ces deux événements doivent s'assigner, le premier à l'an 635, le second à l'an 634 avant notre ère.

§ CIII «On dit qu'il fut encore plus belliqueux que ses pères. Il sépara le premier les peuples d'Asie en différens corps de troupes, et assigna aux piquiers, à la cavalerie, aux archers, chacun un rang à part: avant lui tous les ordres étaient confondus. Ce fut lui qui fit la guerre aux Lydiens, et qui leur livra une bataille pendant laquelle le jour se changea en nuit.»

Voyez, dit Larcher, le § LXXIV. Nous y recourons; mais parce que le sens est la suite inséparable du § LXXIII, nous sommes obligés d'y remonter, et nous y trouvons l'occasion de cette guerre.

§ LXXII, ligne 8. «Une sédition avait obligé une troupe de Scythes nomades à se retirer secrètement sur les terres de Médie. Kyaxarès, fils de Phraortes, et petit-fils de Déïokès[224], qui régnait alors sur les Mèdes, les reçut d'abord avec humanité, comme suppliants, et même il conçut tant d'estime pour eux, qu'il leur confia des enfants pour leur apprendre la langue scythe, et à tirer de l'arc. Au bout de quelque temps les Scythes, accoutumés à chasser et à rapporter tous les jours du gibier, revinrent une fois sans avoir rien pris. Revenus ainsi les mains vides, Kyaxarès, qui était d'un caractère violent, comme il le montra, les traita de la manière la plus rude. Les Scythes indignés d'un pareil traitement, qu'ils ne croyaient pas avoir mérité, résolurent entre eux de couper par morceaux un des enfants dont on leur avait confié l'éducation, de le préparer de la manière qu'ils avaient coutume d'apprêter le gibier, de le servir à Kyaxarès, comme leur chasse, et de se retirer aussitôt à Sardes, auprès d'Alyattes, fils de Sadyattes. Ce projet fut exécuté. Kyaxarès et ses convives mangèrent de ce qu'on leur avait servi; et les Scythes, après cette vengeance, se retirèrent auprès d'Alyattes, dont ils implorèrent la protection.»

§ LXXIV. «Kyaxarès les redemanda. Sur son refus, la guerre s'alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu'elle dura, les Mèdes et les Lydiens eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième, il y eut une espèce de combat nocturne, car après une fortune égale de part et d'autre, s'étant livré bataille, le jour se changea tout à coup en nuit, pendant que les deux armées étaient aux mains. Thalès de Milet avait prédit aux Ioniens ce changement, et il en avait fixé le temps et l'année où il s'opéra. Les Lydiens et les Mèdes, voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n'en furent que plus empressés à faire la paix... Les rois de Babylone et de Cilicie en furent les médiateurs. Persuadés que les traités ne peuvent avoir de solidité sans un puissant lien, ils engagèrent Alyattes à donner sa fille Aryenis à Astyages, fils de Kyaxarès.

Voilà comment Astyages devint beau-frère de Crésus, ainsi qu'Hérodote le dit au commencement du § LXXXIII, avant ces mots, une sédition avait obligé, etc.