De ce tableau, il résulte que la première année d'Ézéqiah tombe à l'an 725; par conséquent sa neuvième à l'an 717: or de là naissent de grandes difficultés contre Hérodote: car à cette époque les annales juives nous montrent les rois de Ninive au comble de leur puissance. L'un d'eux, Salman-Asar, cette année-là même, prenait Samarie après 3 ans de siége: déja son prédécesseur avait enlevé les sujets de ce petit royaume, qui vivaient à l'est du Jourdain: lui, Salman, enleva ceux de l'ouest et acheva de déporter les dix tribus d'Israël en Assyrie, dans les pays de Halah, de Gauzan, de Kabour[268], et dans les villages des Mèdes. Donc les Mèdes étaient encore soumis au monarque assyrien; bien plus, pour repeupler le royaume de Samarie, le roi de Ninive, Salman, déporta et y amena des naturels de Babylone, de Kouta, d'Aoua, de Hamat, et des Saphirouim; donc il était le maître absolu ou suzerain de Babylone, comme le dit Ktésias, ainsi que des pays désignés: or les Kutéens, selon Josèphe[269], étaient des montagnards perses, les Cossæi de Danville. Aoua était le pays d'Ahouaz, au sud-ouest de Suze. Hamat est en Syrie sur l'Oronte, et les Saphirouim sont les Saspires d'Hérodote, près de la Colchide. Ainsi l'empire assyrien était dans sa force: mais les déportations violentes annoncent de la part de ses rois des craintes et des précautions contre des sujets mécontens et disposés à la révolte.
Peu après cet événement, l'an 14 de Hezqiah[270], 712 ans avant J.-C., paraît Sennacherib, dont Hérodote a cité très-correctement le nom, et conté l'histoire selon les Égyptiens qui, en cela, diffèrent peu des Juifs. Ce monarque, irrité de ce que le roi de Jérusalem a refusé le tribut et invoqué le secours de l'Égypte, attaque et prend toutes les villes fortes de Juda, menace la capitale, et envoie à Hezqiah ce message très instructif dans notre question:
«N'as-tu donc pas appris ce que les rois d'Assur ont fait à tous les pays, en les détruisant... et toi; tu te sauverais (de mes mains)?... Les dieux ont-ils sauvé ceux que mes pères ont détruits, les peuples de Gauzan, de Haran, de Ratsaf, les habitants d'Adan en Talachar (Cilicie)? Où est le roi de Hamat, le roi d'Arfad, et ceux de la ville des Saphirouim, de Hanah et d'Aoua?»
Remarquez que les généraux de Sennacherib, en parlant de lui, l'avaient désigné par le titre de Grand-Roi, qu'affectaient les souverains de Ninive.
Ainsi le pays de Gauzan, de Haran et de Ratsaf en Mésopotamie, d'Adan en Cilicie, près de Tarsous et Anchiale, de Hamat sur l'Oronte, siége d'un royaume dès le temps de David: d'Arfad, qui doit être Aruad (Aradus); des Sapires, près de la Colchide, de l'île de Anah dans l'Euphrate, et de Aoua au bas du Tigre; tous ces pays venaient d'être détruits ou conquis par les pères de Sennacherib, c'est-à-dire:
1° Par Phul ou Phal qui, le premier des rois assyriens mentionnés par les Hébreux, parut en Syrie du temps de Manahem, roi de Samarie, qu'il soumit au tribut, 30 ou 40 ans avant Hezqiah.
2° Par Teglat-Phal-Asar qui, au temps d'Achaz, vint, à la prière de ce roi, détruire Damas, où Achaz alla lui rendre ses hommages, et d'où il apporta une foule d'objets de luxe et de culte assyrien inconnus en Judée; des modèles d'autels, de chars consacrés au soleil; un cadran horizontal sur lequel Isaïe opéra la fameuse rétrogradation par un mouvement plus simple que celui du soleil.
Et ce Teglat enleva les tribus de l'est du Jourdain.
3° Par Salmanasar qui, selon l'historien Ménandre traducteur des Annales de Tyr[271], conquit toutes les villes phéniciennes, excepté cette ville.
Ainsi depuis Phul l'empire assyrien n'avait cessé de s'accroître, surtout vers le couchant, et il menaçait l'Égypte au temps de Sennacherib. Ce qui, d'une part, dément en partie Ktésias, relativement aux conquêtes attribuées par lui à Ninus, et prouve, de l'autre, qu'Hérodote était mieux instruit, lorsqu'il restreignait l'empire assyrien à la Haute-Asie, qui est proprement le pays élevé que limite le mont Taurus au midi. D'où il faut conclure que la dynastie de Ninus n'avait point encore subi d'interruption; que le règne de Sardanapale n'était point encore passé; sans quoi il faudrait le rejeter au-dessus de Phul, à une époque inconnue; et alors comment concevoir que Ninive, détruite par les Mèdes ou Babyloniens, se trouvât tout à coup la capitale florissante, maîtresse et suzeraine de ces deux nations, et agrandissant ses dépendances par de nouvelles conquêtes? Sardanapale n'a donc pu venir qu'après Sennacherib. Or ce dernier, épouvanté des ravages de la peste et de l'arrivée du roi d'Ethiopie, Taraqah, s'enfuit à Ninive, cette même année 712, 14e d'Ézéqiah. Il y fut tué, très-peu de temps après, par ses deux fils aînés; et remplacé par le plus jeune, Asar-Adon ou Asar-Adan.