Avant Astuag régna Astibar, 40 ans; c'est évidemment le Ki-asar d'Hérodote. Mosès le dit expressément. Ki, prononcé kè en persan, signifie grand et géant. En arménien, skai a le même sens. Kê-asar, le grand vainqueur. En effet, Kyaxar renversa une seconde fois Ninive et les Assyriens. Le mot persan Astebar est synonyme, puisqu'il signifie grand et puissant[287]. L'identité est d'ailleurs formelle, dans ce passage d'Eusèbe[288]:
«Alexandre Polyhistor rapporte que Nabukodonosor, informé de la prophétie de Jérémie (au roi Ioakim), sollicita le roi des Mèdes, Astibaras, de se joindre à lui, et il marcha en Judée avec une armée de Babyloniens et de Mèdes.»
C'était l'an 606; le temps convient très-bien. Les Scythes dominaient encore. Kyaxarès, gêné par eux, dut condescendre à la demande indiquée, pour ne pas se faire un puissant ennemi de plus.
Avant Astibar, règne Artoûnés 22 ans. C'est la durée de Phraortes: c'est même son nom; car celui-ci est composé du persan Pher, grand roi, héros, et d'arta ou orta, que l'Arménien Mosès, page 58, dit signifier en langue mède, juste (et magnanime).
Au-dessus d'Artoun-es devrait venir Deïokès. Mosès le dit bien. Mais les 40 ans d'Artaïos indiquent Kyaxar. Cette identité tire de nouvelles preuves de l'anecdote de Parsondas, racontée par Diodore, dans le fragment de Ktésias, page 409.
«Sous le règne d'Artaïos, s'alluma une violente guerre, etc.»
L'historien Nicolas de Damas nous apprend le motif de ce mécontentement de Parsondas, dans un récit curieux que sûrement il a copié de Ktésias[289].
«Sous le règne d'Artaïos, roi des Mèdes et successeur d'Arbêk, dit-il, vivait Parsondas, homme extraordinaire par ses facultés physiques et morales; le roi, ainsi que les Perses, dont il était issu, l'admiraient pour sa beauté corporelle et pour la prudence de son esprit. Il excellait d'ailleurs dans l'art de combattre, soit à pied, soit à cheval, soit sur un char, et personne ne l'égalait à la chasse pour surprendre et tuer des bêtes féroces. Ce Parsondas sollicita Artaïos de destituer Nanybrus, roi de Babylone, qu'il méprisait et haïssait pour ses mœurs sardanapaliques[290], et de lui donner cette satrapie. Le roi ne put consentir à faire cette injustice à Nanybrus, contre la teneur des lois établies par Arbâk... Le Babylonien fut instruit dû fait... Quelque temps après, dans la saison des chasses, Parsondas alla prendre ce divertissement en Babylonie, près d'un lieu où, par hasard, étaient campés les vivandiers de Nanybrus: celui-ci, informé des courses de son ennemi, avait ordonné à ses gens de l'épier, de tâcher de l'enlever, et de le lui amener; la chose réussit à son gré. Devenu maître de Parsondas, le Babylonien l'enferme dans son harem avec ses femmes, le fait raser, baigner, vêtir en femme, et le force de jouir de toutes les voluptés que le guerrier lui avait reprochées.—Il le força même d'apprendre la musique et la danse... Sept ans se passent ainsi, sans qu'on sache ce qu'est devenu Parsondas, malgré toutes les perquisitions ordonnées par le roi. Enfin un eunuque, que Nanybrus avait fait bâtonner pour quelque faute, s'échappe et va découvrir le délit à Artaïos, qui de suite dépêche un aggar[291] ou secrétaire pour réclamer Parsondas... Nanybrus nie la détention. Un second aggar vient, avec ordre de conduire au roi Nanybrus garrotté, s'il persiste à nier. Celui-ci rend son prisonnier, et Parsondas s'en retourne sur un char avec le secrétaire. Il arrive à Suse: Artaïos l'accueille, écoute son histoire avec étonnement... Quelques mois après, il se rend à Babylone. Parsondas l'obsède pour qu'il le venge de Nanybrus; celui-ci gagne un eunuque à force d'argent et de présents, et moyennant cent talents d'or et cent coupes d'or, mille talents d'argent et trois cents coupes du même métal, il obtient son pardon du roi.»
Dans ces récits, nous avons un indigène Perse, sujet et courtisan d'un roi mède, l'un des successeurs d'Arbâk. Ce roi ne peut être Deïokès qui, selon la phrase d'Hérodote, ne régna que sur les Mèdes. Est-ce Phraortes, son fils, qui y joignit les Perses, et qui avec ces deux nations puissantes subjugua les autres? Mais les 40 ans d'Artaïos ne conviennent point à Phraortes, qui n'en régna que 22; et ils conviennent parfaitement à Kyaxar. Supposons que Parsondas ait demandé à Kyaxar la satrapie de Babylone au commencement de son règne, la circonstance convient très-bien; ce sera dans les années 635 ou 634: supposons que les 7 ans de détention de Parsondas aient commencé en 633 et fini en 627; l'irruption des Scythes, en 625, ayant jeté Kyaxarès dans un état d'oppression et de faiblesse, le Persan en aura profité pour effectuer une révolte qui, sans cela, eût peut-être été impossible. Relativement au prince babylonien, ces dates conviennent très-bien à Chinil-adan, qui régna depuis 647 jusqu'en 626. La différence de nom n'y fait rien, puisque tous ces princes asiatiques en eurent plusieurs.
Quant au nombre des combattants, dont parle Ktésias (page 403), il est visiblement absurde, selon l'usage des livres orientaux; et cette absurdité se démontre par la topographie des Caddusiens, dont le pays montueux ne contient pas plus de 160 à 180 lieues carrées; et encore par les quatre mille hommes des premières troupes de Parsondas. Il faut ôter un zéro; et en lisant 20 mille, au lieu de 200, et 8 mille au lieu de 80 mille, l'on sera dans les vraisemblances.