Velleïus semble s'être dit:

«S'il y eut 30 rois qui se succédèrent depuis Ninyas, Ninyas ne doit point se compter... Il est excepté par le mot autre, et parce que ses mœurs furent imitées... Donc avec Ninus et Sémiramis il y eut 33 rois.»

Mais cette première phrase de Diodore, réellement incorrecte, est redressée par son résumé qui porte ces mots:

«A l'égard de Sardanapale, trentième et dernier roi depuis Ninus.»

Ceci est clair, positif, et ne permet pas d'admettre l'interprétation antérieure. De plus, l'Arménien Mosès (de Chorène), qui cite[304] Diodore comme une de ses autorités, ne compte que 30 rois dans la liste qu'il nous fournit[305], encore qu'il eût sous les yeux celle d'Eusèbe, qui en compte 36... Cette liste de Mosès semble d'autant plus exacte, que ces cinq derniers princes correspondent parfaitement, comme nous l'avons dit pag. 441, à ceux cités par les Hébreux; d'où l'on a tout lieu de conclure qu'Eusèbe et le Syncelle ont, selon leur usage, ajouté de leur chef, Epecherès, Laosthènes, et Ophrathènes. (Voyez les listes au commencement de ce §.) Epecherès doit être le même qu'Ana-Bacherès, nom de Sennacherib, dans l'épitaphe de Sardanapale à Anchialé. Ce même prince s'appelle encore Acrazanes et Akraganes: le nom de Laosthènes est purement grec, et ne peut être que la traduction d'un nom assyrien, signifiant force et puissance du peuple (probablement Euphal-es, Phal). Enfin Ophrathènes ne doit être qu'un synonyme de Ophrateus, écrit plus asiatiquement Pharates, par Mosès de Chorène.

Relativement à la durée totale, nous avons vu qu'il faut lire 1306 ans dans le vrai texte de Diodore, et non 1360. Velleïus, qui n'a porté cette durée qu'à 1070 ans, a dû tirer ce calcul de quelque autre chronologiste que de Ktésias. Quant aux 1995 ans qu'Æmilius-Sura comptait depuis Ninus[306] jusqu'à l'an 63, ou plutôt 65 ans avant notre ère, l'on n'en peut rien faire, parce que l'on ignore si ce Romain a évalué les Mèdes selon Hérodote, ou selon Ktésias.—A partir de Kyrus, l'an 560, son calcul donne pour les deux empires, assyrien et mède, 1500 ans. S'il suit Hérodote, il donne 1344 pour les Assyriens; s'il suit Ktésias, il ne leur donne que 1183[307]. L'on voit que Sura ou Velleïus ont fait, ou plutôt ont suivi de confiance, les tablettes chronologiques de quelque Lenglet de leur temps, sans traiter par eux-mêmes la question.

Il paraît n'en avoir pas été ainsi du chronologiste Castor, qui avait compulsé les archives de plusieurs pays pour en former ses tableaux parallèles des rois d'Argos, de Sicyone, d'Assyrie, etc. Selon Eusèbe[308], Castor ne comptait, pour les Assyriens, que 1280 ans, ce qui produit une différence de 26 ans avec Ktésias.

Un troisième auteur, qui s'était aussi spécialement occupé des Assyriens, Képhalion, semble avoir eu encore quelque différence avec le résumé de Castor. Mais son fragment, cité par le Syncelle, est tellement mutilé, que l'on n'en peut rien faire, pris isolément.