Il y a dans ce passage plusieurs fautes palpables. Selon la chronique des Rois, Iouakin avait 18 ans quand il régna, et non pas 8. Ce témoignage est confirmé par la circonstance qu’il vint se rendre de son gré à discrétion: un enfant de 8 ans ne vient pas, on l’amène. À cette époque (598), Nabukodonosor n’avait pas emporté les vases du temple, car Jérémie, témoin sur place, dit en son chap. 27: «Dieu s’est adressé aux colonnes, et à la mer d’airain, et aux vases d’airain que Nabukodonosor n’a point emportés quand il a emmené le fils de Iouakim, et il leur a dit: Maintenant vous serez déportés avec Sédéqiah.»
Si les vases ne furent pas emportés avec le fils, ils ne l’avaient donc pas été avec le père, et si l’enlèvement du père n’est mentionné à aucune époque, ni par Jérémie, témoin intéressé, ni par la Chronique des rois, rédigée long-temps avant les Paralipomènes, l’on a droit de dire que ce dernier livre, écrit tardivement et négligemment, a introduit cet enlèvement par la confusion du père avec le fils, ou par le motif dévot d’accomplir les menaces prophétiques de Jérémie en son chap. 36.
Depuis l’an 604, où Nabokodonosor emmena par le désert ses prisonniers à Babylone, l’on ne voit point ce prince reparaître en Syrie avant l’an 598: il est naturel de croire que les premières années de son règne furent employées, à organiser son empire, à surveiller les Mèdes et les Scythes, et à préparer une dernière expédition contre les deux seules cités qui lui résistassent encore en Syrie, contre Tyr et Jérusalem. Examinons les dates du siége de Tyr.
CHAPITRE XIV.
Siége de Tyr.
LES chronologistes trouvent dans les dates du siége et de la prise de Tyr, quelques difficultés[185] qui se résolvent assez naturellement, selon notre manière de voir.
«Nos écritures, dit l’historien Josèphe[186], portent que Nabukodonosor détruisit notre temple dans la 18e année de son règne, et que cet édifice resta 30 ans sans être rebâti: les travaux de ses fondations ayant été repris l’an 2 de Kyrus, la reconstruction ne fut achevée que l’an 2 de Darius. À ces témoignages je joins ceux des archives phéniciennes..... Leur[187] autorité ne peut être équivoque, car les Tyriens ont des registres très-anciens de ce qui s’est passé de remarquable chez eux et chez les peuples avec qui ils ont eu des rapports. Ces registres, formés par autorité publique, sont conservés avec soin.» Ici ils sont conformes pour le calcul des années; on y lit: «Sous le règne du roi Ithobad, Nabukodonosor commença le siége de Tyr, qui dura 13 ans.
| «À Ithobad succéda Baal, qui régna | 10ans | ||
| «Après sa mort, les rois furent remplacés par des juges (ou suffètes); en cette qualité Eknibal gouverna | 2 | mois | |
| «Chelbis, fils d’Abdaius | 10 | ||
| «Abbar, grand-prêtre | 3 | ||
| «Mitgon et Gerastrate, fils d’Abdelème | 6 | ||
| «Balator, avec le titre de roi. | 1 | ||
| «Puis Merbal, que l’on fit venir de Babylone | 4 | ||
| «Puis son frère Irom, appelé aussi de Babylone | 20 | ||
| Total | 42ans | 3 | mois |
«De son temps, Kyrus devint puissant chez les Perses. Toute cette durée est de 54 ans et 3 mois. Le siége de Tyr commença l’an 7 de Nabukodonosor (598); et l’an 14 d’Irom, Kyrus arriva à l’empire. Ainsi les récits des Chaldéens et des Tyriens sont conformes aux nôtres.»
Ce passage présente des contradictions qui viennent soit des copistes, soit de Josèphe lui-même. D’abord les anciennes éditions disent, d’après les manuscrits, que le temple resta ruiné, non pas 50 ans, mais 7 ans; cela serait absurde; mais si au lieu de 7 on lit 70, l’on descend de l’an 787 à l’an 518, que Josèphe a pu croire l’an 2 de Darius, par une simple erreur de 2 ans. Le changement de ces 70 en 7, par la suppression des dizaines, appartient sûrement aux copistes. Les modernes ont substitué le nombre 50, qui est vrai dans un autre sens; car de l’an 587, si vous ôtez 50, vous tomberez à 537, 2e année de Kyrus; mais ce n’est pas le texte de Josèphe.