«Pythagore, dit-il[20], alla à Babylone, où il se fit disciple des mages: or Pythagore (nous) y montre Zoroastre, mage persan...... dont les hérétiques prodiciens prétendent posséder les livres.... Alexandre Polyhistor, dans son livre des Symboles pythagoriciens, dit que Pythagore fut disciple de l’Assyrien Nazaret, que quelques-uns prennent pour Ezékiel; mais cela n’est pas exact.»

Moins de 60 ans après Clément, Porphyre puisait aux mêmes sources, lorsqu’il écrivait:

«Que Pythagore fut purifié par Zabratas ou Zaratas des souillures de sa vie précédente, et qu’il apprit de lui ce qui concerne la nature et les principes de l’univers.»

Zaratas est évidemment le nom parsi de Zerdast; mais, 1° en admettant que le maître de Pythagore ait été perse, comme le dit Clément, il n’est plus le législateur, car nous verrons les meilleurs auteurs attester unanimement que celui-ci fut mède. Clément lui-même le dit, lorsque, citant les philosophes qui se sont livrés à la divination, il nomme Zoroastre le Mède avec Abarès, Aristœas, Pythagore, Empédocles, etc.

2° Si le mage Zaratas a été perse, il a dû être postérieur à Kyrus et à la conquête de Babylone par ce prince, en 538..... Or, à cette époque, Pythagore avait déja près de 72 ans, ce qui rend son voyage improbable à cette date tardive, et toujours nous ramène à la tradition fabuleuse du romancier Apulée.... Un soupçon se présente: en considérant que des noms juifs se trouvent mêlés ici; que le mage Zaratas est cru Ezékiel par les uns, Daniel par les autres; que le mot hébreu nazaret est une traduction littérale du mot mag, qui décèle une main juive; et qu’Alexandre Polyhistor, qui cite ce mot, a en général copié Eupolème, qui lui-même a copié les Juifs, qu’il fréquenta beaucoup: ne devons-nous pas croire que ce sont des contes fabriqués à Alexandrie, dans l’intention, de la part des Juifs, de prouver que tout venait de leur source; et de la part des pythagoriciens, que leur maître avait tout connu?

D’autre part, la circonstance des livres montrés par les prodiciens ne prouve pas l’identité du mage avec le législateur; car, outre que les savants Porphyre et Chrysostôme les traitent d’apocryphes, il est encore possible qu’un mage, entrant en fonctions à cette époque, en ait composé qui seraient devenus le rituel dominant; et, ici, nous touchons à un point historique qui est peut-être le nœud de toute cette question......

Après Cambyse, fils de Kyrus, le mage Smerdis, comme l’on sait, usurpa le trône par une supposition de personne et de nom. Darius avec les autres conjurés l’ayant tué, il s’ensuivit une proscription générale des mages, qui furent massacrés dans tout l’empire, et le souvenir de ce massacre resta dans une fête anniversaire appelée Magophonie: il est évident qu’après ce massacre, la caste des mages atterrée, fut à la discrétion de Darius, fils d’Hystasp. Si ensuite ce roi se fit honneur d’être appelé docteur mage, il trouva donc politique de la relever; mais en la relevant, il aura été le maître des personnes et des choses; il aura nommé les fonctionnaires, le grand-prêtre, les mobeds, etc.; il aura même introduit les changements qu’il aura voulu dans les rites; et si c’est lui qui, en s’emparant d’une partie du Haut-Indus, comme le dit Hérodote, eut des entretiens avec les brahmes, comme le dit Ammien Marcellin, il a pu être l’auteur d’une modification qui aura fait époque dans le système zoroastrien: par un procédé semblable à celui d’Ardéchir, il aura changé, subrogé, substitué à son gré; alors si, par un cas très-plausible, le grand-prêtre constitué par lui, a porté ou a pris le nom révéré de Zoroastre, nous aurons à la fois le Zaratus de Pline, le Zabratas de Porphyre, et le Zerdoust, auquel appartiendrait l’oracle cité au temps d’Ardéchir: toujours est-il certain que cet oracle est apocryphe[21], plein de contradictions, et qu’il ne peut convenir au législateur, comme nous l’allons voir. Or, puisqu’il est certain que les musulmans, nés seulement après l’an 622 de notre ère, n’ont pu recevoir que des rabbins juifs toutes leurs fables sur la prétendue éducation de Zoroastre par Élie, par Esdras, par Jérémie, par Ézékiel, il devient infiniment probable, comme nous l’avons déja dit, que ces amalgames des noms de Pythagore, de Zaratas-Zoroastre et de Nazaret, cru Ézékiel, ont été faits à Alexandrie, sous le règne des Ptolémées, lorsque les pythagoriciens et les Juifs confrontèrent et mêlèrent leurs traditions, leurs raisonnements et leurs explications sans beaucoup de critique, surtout en chronologie. De tout ceci il restera seulement pour faits historiques:

1° Que Pythagore vint et résida à Babylone entre les années 569 et 550, et qu’il put y converser avec des mages et des Juifs, comme avec des prêtres chaldéens;

2° Que le nom de Zoroastre ou de Zardast, commun chez les Perses[22], comme celui de Mohammad chez les Arabes, et celui de Mosès chez les Juifs, a occasioné une confusion de personnes, de temps et d’actions, qui a égaré la foule des écrivains.

Après le débat de toutes ces erreurs, il faut, pour arriver à connaître l’époque réelle de Zoroastre, fils de Pourouchasp, nous adresser aux plus anciens historiens, et à ce titre nous devons d’abord interroger Hérodote.