Ce n’est donc plus 511 ni 518, ce n’est pas même le nombre donné par la liste, lequel est 320, portant un déficit de 73 ans; mais ce qui est pis, c’est que cette liste, comparée à ses analogues dans Africanus et Eusèbe, accuse et convainc Josèphe d’une méprise inconcevable, en ce qu’il place à la tête de la dynastie le roi expulseur qui n’en fut que le 7e; qu’il le confond sous le nom de Tethmosis, avec Amosis, vrai roi 1er régnant 25 ans; et qu’il ne le reconnaît point dans Tmosis, fils de Misphragmutos, écrit par lui plus haut, Alisphragmutos. Attribuera-t-on de telles erreurs à des copistes? quel fonds faire sur les manuscrits ou sur l’auteur? combien le juif Josèphe, avec quelque esprit de critique, nous eût-il évité d’embarras! Il nous y laisse entièrement pour les dates d’entrée et de sortie des pasteurs. Voyons si dans le texte qu’il a cité de Manéthon quelques circonstances peuvent nous diriger à cet égard.

§ II.
Analyse du texte cité par Josèphe.

«Jadis nous eûmes un roi nommé Timaos

Pourquoi ce nom ne paraît-il sur aucune liste? ne serait-ce pas que les pasteurs ayant tout saccagé, les archives de Memphis auraient été détruites? cela trouverait sa preuve dans le désordre et la nullité des listes antérieures, comme nous le verrons.

«Et du temps de Timaos il vint du côté d’orient (par l’isthme de Suez) une race d’hommes de condition ignoble (des pâtres très-méprisés par les laboureurs d’Égypte), et ces hommes remplis d’audace soumirent le pays sans combat et avec la plus grande facilité.»

(Donc les Égyptiens, isolés du monde et entièrement livrés à l’agriculture, avaient jusque-là vécu dans une paix profonde. Donc ils étaient encore en ces siècles d’obscurité dont parle Hérodote, avant qu’aucun roi se fût rendu célèbre par de grands ouvrages ou par des guerres au dedans ou au dehors.)

«Et ce peuple étranger, que quelques auteurs disent Arabe, traita les Égyptiens avec la plus grande cruauté, tuant les chefs, détruisant les villes, renversant les temples, réduisant le peuple en servitude

Nous demandons ce que devinrent les monuments historiques pendant deux siècles que dura cette tyrannie.

«Après les premiers désordres, les pasteurs se nommèrent un roi.»

[Ils n’en avaient donc pas auparavant; ils vivaient donc par tribus indépendantes (quoique associées), à la manière des Arabes.]