Le second motif qui dut rendre les mariages précoces et faciles chez les anciens Grecs, fut le besoin politique qu’éprouvaient les familles d’avoir beaucoup de bras pour leurs travaux agricoles, et surtout pour leur défense et pour leur sûreté. Ces peuples, comme l’on sait, composant chacun une société de 50 à 60,000; tout au plus de 100,000 citoyens, resserrés au nombre de 15 ou 20 sociétés, dans un espace borné de mers et de montagnes, vivaient entre eux dans un état habituel de jalousie et de guerre, et par cela même faisaient une grande consommation d’hommes. La chose publique, la société avait besoin de défenseurs, avait intérêt que l’on se mariât: aussi voit-on que le célibat y était décrié dans l’opinion, qu’il fut même puni par les lois quand il y eut des lois; mais de plus, avant ces lois, dans l’état de liberté ou d’anarchie qui fut celui dont nous traitons, aucune police intérieure ne réprimant les délits, la sûreté de chaque famille dépendait de ses propres moyens, de ses seules forces... Était-elle faible, on la vexait, elle était pillée, et pouvait être détruite; était-elle forte, c’est-à-dire nombreuse, on la respectait: elle armait tous ses membres pour réprimer un empiétement, pour punir un meurtre. C’était exactement l’état civil des Hébreux, des Arabes anciens et modernes, et de nos jours celui des Druses, des Maïnotes et des Corses sous les Génois. Chaque famille avait donc, à être nombreuse, le même intérêt, les mêmes motifs qu’avait la nation; et imaginer que, dans un tel état de choses, des peuples en guerre et en anarchie constantes fussent convenus de la maxime de ne se marier qu’à 33 ans, est une chimère, un vrai rêve de cabinet.
La loi de Lycurgue, citée par Xénophon, n’exprime pas l’âge où il devint licite de se marier: pour le fixer, voici comme Larcher raisonne (page 474, 475): Aristote a connu, a eu en main les lois de Lycurgue: or Aristote (dans son plan systématique de république) dit qu’il ne faut point se marier tant que le corps prend de l’accroissement, et que les hommes ne doivent prendre une compagne que vers leurs 37e année: donc Aristote fait ici allusion à la loi de Lycurgue; donc Lycurgue a établi l’âge de 37 ans; donc les Lacédémoniens, dès avant Lycurgue, ne se mariaient qu’à 37 ans; car, sans cela, Lycurgue les eût révoltés... Et page 40: Il est bien vrai que Platon, qui en cent endroits fait l’éloge des lois de Lycurgue, prescrit pour se marier l’âge de 30 à 35 ans; en sorte que l’on pourrait croire qu’il a imité celle-ci, et que le terme fixé à Sparte eût été de 30 à 35 ans. Mais, etc.
Laissons Larcher à ses raisonnements et à ses conjectures sur Platon et sur Aristote: il est évident, par la diversité des trois termes 30, 35, 37, que Lycurgue fut plus sage que ces rêveurs, et qu’il n’exprima point un âge fixe: l’établir à 37 ou même à 30 ans, eût été priver l’état de 8 ou 10 ans d’une fécondité ordonnée par la nature, et dissiper en libertinage des forces utiles à la nation. Aristote et Platon, pleins, comme l’on sait, des idées systématiques d’une physique erronée et originairement astrologique, ont dit: «La vie ordinaire de l’homme sain est de 70 à 75 ans. Tout ce qui ne croît pas, décroît: la moitié de la vie doit se passer à croître, l’autre à décroître... 33 à 37 sont le terme mitoyen entre zéro et 70 ou 75. Donc le corps n’est parfait qu’à 35 ou à 37.»—L’erreur de ces systèmes est démontrée par les faits et par la science physiologique. En résultat, il n’existe pas la plus légère preuve que les Grecs anciens, modernes ou mitoyens, se soient mariés au terme général de 30 ni de 35 ans; il est au contraire prouvé par la nature de la question et par les généalogies d’époque certaine, qu’ils se sont mariés plus tôt; et tout prouve que l’évaluation de trois générations par siècle a été un moyen purement idéal et systématique dont d’usage ne peut qu’induire en erreur.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS CE VOLUME.
| SUITE DE LA CHRONOLOGIE D’HÉRODOTE. | |
|---|---|
| Chronologie des rois de Perse, cités par lesOrientaux modernes, sous le nom de dynastiePishad et Kéan.—Époques de Zohak, de Féridounet du législateur Zerdoust, dit Zoroastre. | [Page 1] |
| § I. Époque du législateur Zoroastre | [2] |
| § II. Récit des Parsis sur Zoroastre | [14] |
| § III. Vie de Zoroastre | [50] |
| § IV. Des anciens rois de Perse, selon les Orientaux modernes | [69] |
| § V. Dynastie Kéan ou Kaian | [74] |
| § VI. Dynastie Piche-Dad | [87] |
| Liste chronologique des rois de Juda | [105] |
| Idem des rois Chaldéens de Babylone | [106] |
| CHRONOLOGIE DES BABYLONIENS | [107] |
| Chapitre Ier.—Fondation de Babylone | [108] |
| Chap. II.—Récit de Ktésias, système assyrien | [114] |
| Chap. III.—Récit de Bérose et de Mégasthènes—Systèmechaldéen | [121] |
| Chap. IV.—Autorités respectives de Bérose et de Ktésias, comparées et appréciées | [132] |
| Chap. V.—Récit d’Hérodote | [137] |
| Chap. VI.—Résultat | [141] |
| Chap. VII.—Dimension des principaux ouvrages de Babylone | [159] |
| Chap. VIII.—Histoire probable de Sémiramis | [181] |
| Chap. IX.—Récit de Conon et roman d’Esther | [193] |
| Chap. X.—Babylone depuis Sémiramis | [200] |
| Chap. XI.—Kanon astronomique de Ptolomée | [211] |
| Chap. XII.—Rois de Babylone jusqu’à Nabukodonosor | [219] |
| Chap. XIII.—Règne de Nabopolasar, dit Nabukodonosor | [230] |
| Chap. XIV.—Siége de Tyr | [239] |
| Chap. XV.—Prétendue expédition en Égypte, en Libye, en Ibérie, sans preuves et sans vraisemblance | [246] |
| Chap. XVI.—Derniers rois de Babylone jusqu’à Kyrus | [253] |
| Chap. XVII.—Du livre intitulé Cyropédie de Xénophon | [260] |
| Chap. XVIII.—Du livre intitulé Daniel | [266] |
| Chap. XIX.—Résumé | [278] |
| CHRONOLOGIE DES ÉGYPTIENS. | |
| Chap. Ier | [281] |
| Chap. II. Exposé d’Hérodote | [289] |
| Chap. III.—Système de Manéthon | [319] |
| § I. Texte de Manéthon en son second volume | [331] |
| § II. Analyse du texte cité par Josèphe | [341] |
| § III. Époque de l’entrée et de la sortie des Juifs selon Manéthon | [364] |
| Chap. IV. Récit de Diodore | [373] |
| Recherches sur les antiquités du temple de Dendéra,dans la Haute-Égypte, d’après la constructiondu zodiaque au plafond de son péristyle; par M. Nouet | [418] |
| Époques et dates principales de la chronologie d’Égypte,éclaircies et appuyées par des dates parallèleset étrangères | [431] |
| Note sur le système, des générations | [436] |
| FIN DE LA TABLE. | |