Dans les parties nord de la Nouvelle-Angleterre, par une latitude moyenne de 42 à 43°, des observations faites à Salem près Boston, pendant sept ans, par M. Edouard Holyhoke[79], et comparées à 20 autres années d’observations recueillies à Manheim[80] constatent que le climat de Salem est à la fois plus froid en hiver et plus chaud en été que celui d’un nombre de villes données en Europe, ainsi qu’on le voit dans le tableau suivant:
| Latitude. | Max. de froid. | Max. de chaud. | Éch. de variat. | |
| Rome. | 41° 53´ | 0 | 24 | 24° |
| Marseille. | 43° 17´ | 4 | 25 | 29° |
| Padoue. | 45° 22´ | 10 | 29 | 39° |
| Salem. | 42° 35´ | 19½ | 31½ | 51° |
L’on remarquera, dans ce tableau, qu’à Salem la différence du froid au chaud est de 51°, tandis qu’à Rome elle n’est que de 24°, à Marseille de 29°, et à Padoue de 39°.
En général, dans les États de Maine, Vermont, New-Hampshire et même Massachusets, pays situés entre les 42 et 45°, c’est-à-dire, correspondants au midi de la France et au nord de l’Espagne, la terre demeure chaque hiver assez couverte de neiges pendant trois et quatre mois, pour rendre habituel et général l’usage des traîneaux. Le thermomètre, qui varie alors depuis la glace jusqu’à 8 et 10° au-dessous, descend quelquefois à 12, à 14 et jusqu’à 18° sous zéro. L’historien de New-Hampshire, M. Belknap, l’a vu à 18 ¼ à Portsmouth, sur la côte au nord de Salem; et l’historien de Vermont, M. S. Williams, l’a vu à 26° sous zéro à Rutland, au pied des Montagnes-Vertes.
Un peu plus avant dans le nord, c’est-à-dire en Canada, par les 46 et 47° de latitude, ce qui correspond au milieu de la France, la neige s’établit dès le mois de novembre et dure jusque vers la fin d’avril, c’est-à-dire pendant six mois, épaisse de 4 à 6 pieds, par un ciel très-clair et un air très-sec: elle est telle surtout vers Québec, où le thermomètre descend ordinairement à 20 et 24° sous glace; l’on y a même vu en 1790, geler le mercure, ce qui suppose 38 à 40°[81]; or, un tel cas n’arrive en Europe que sous les parallèles de Stockholm et de Pétersbourg[82], par les 60° de latitude.
Ces froids ont donné lieu à quelques expériences curieuses sur la force expansive de l’eau à l’instant de sa congélation. M. le major Édouard Williams se trouvant à Québec, a rempli d’eau des bombes de fer; il en a bouché l’orifice avec des tampons de bois frappés fortement, et il les a exposées à la gelée.
Lorsque les bombes ont eu des fêlures ou d’autres vices, elles ont éclaté à l’instant de la congélation, et il en a sailli subitement des proéminences en formes d’ailes ou de nageoires: mais ordinairement le tampon de bois a été lancé avec détonation, à des distances depuis 60 jusqu’à 415 pieds, quoiqu’il pesât 2 ½ livres (poids anglais), et l’on a toujours trouvé à sa place une mèche ou fusée de glace saillante de 6 à 7½ pouces: l’on a déduit de ces expériences que l’eau en se congelant se dilate entre 1/17 et 1/18 de son volume.
Je remarquerai par la suite qu’à Montréal, au-dessus de Québec, les neiges durent moins long-temps de près de deux mois, qu’au bas du fleuve; et qu’à Niagara, bien au-dessus de Montréal, elles sont de deux mois encore plus courtes que dans cette ville; ce qui est précisément le contraire de la règle générale des niveaux, observée sur le reste de la côte; je me borne en ce moment à prendre note de cette singularité, qui viendra par la suite à l’appui d’une théorie que j’exposerai.
Dans ces mêmes États de Maine, Vermont, New-Hampshire, etc., les chaleurs, à dater du solstice d’été, sont d’une intensité aussi excessive: pendant 40 ou 50 jours, l’on voit souvent le mercure monter à 21 et 22°, et quelquefois à 24°, même à 26°: il se passe peu d’années à Salem sans qu’il monte à 30 et 31°, ce qui est la température du golfe Persique et des côtes arabes. Cet état a lieu dans beaucoup d’autres endroits de la Nouvelle-Angleterre où l’on n’a pas fait d’observations: à Rutland, déja cité, M. Williams a vu le mercure à 27°. Mais ce qui surprendra davantage, c’est qu’à Québec, et jusque sur la baie de Hudson, aux forts d’York et de Wales, par le 59° de latitude, l’on éprouve pendant 20 ou 30 jours des chaleurs de 28 à 31°, d’autant plus accablantes que les corps n’y sont point accoutumés, et qu’elles sont accompagnées d’un calme plat, ou d’une brise de sud chaude et humide qui suffoque: or, comme en hiver le froid en ces contrées descend jusqu’à 30 et 32° sous glace, et même à 37° au fort Wales, il en résulte une échelle de variation de 60 à 66° de Réaumur du froid au chaud.
Dans les États dits du Milieu, tels que la partie sud de New-York, la totalité de la Pensylvanie, de New-Jersey et du Maryland, les hivers sont moins longs, les neiges moins abondantes, moins durables; rarement persistent-elles plus de 15 à 20 jours; mais les froids ne sont guère moins piquants ni moins rigoureux. Ils s’établissent ordinairement vers le solstice, et durent 6 à 7 semaines en pleine vigueur; mais on commence à sentir leurs atteintes dès la fin d’octobre.