| Fahrenheit. | Réaum. | |
| 1º Sur les sondes ou bas-fonds de la côte | 47° | 6°¾ |
| 2º Un peu avant d’entrer dans le courant | 60 | 12⅔ |
| 3º Dans le courant | 70 | 17¼ |
| 4º Avant Terre-Neuve, dans le courant même | 66 | 15¼ |
| 5º Sur Terre-Neuve hors du courant | 54 | 10 |
| 6º Au delà du banc en pleine mer | 60 | 12⅔ |
| 7º Puis en approchant des côtes d’Angleterre, il baissa graduellement à | 48 | 7⅓ |
| En juin 1791, le capitaine Billing allant en Portugal, observa à son départ, sur la côte d’Amérique, et dans les eaux des sondes | 61 | 13 |
| Puis dans l’eau du courant | 77 | 20 |
C’est-à-dire, une différence de 7° Réaumur, ou 16° Fahrenheit. En hiver, M. Williams avait trouvé 47° et 70°; différence 23° F. ou 10° de R.; donc en été la différence est moindre qu’en hiver; et cela devait être.
Ces recherches ont conduit à une autre découverte qui peut devenir utile aux navigateurs: à force d’essayer la température de l’Océan en des lieux divers, l’on s’est aperçu qu’elle était d’autant plus froide que l’eau avait moins de profondeur, et l’on en a tiré un double indice, tantôt de l’approche des terres et des rivages, tantôt du voisinage des écueils sous-marins. En juillet 1791, le même capitaine Billing observa que, trois jours avant de voir la côte de Portugal, le thermomètre avait baissé en peu d’heures de 65 F. (15 R.) à 60 (12⅔ R.), et cette différence arriva précisément sur la frontière de l’Océan sans fond, et de la mer sondable qui borde notre continent. M. Williams observa également au mois de novembre, dans un autre voyage, qu’à l’approche des côtes d’Angleterre le thermomètre tomba de 53 (9⅔) à 48 (7⅔); et il remarque avec le capitaine Billing, que, si en mer le thermomètre baisse subitement, c’est l’indication d’un écueil sous l’eau; soit parce que sous mer la terre serait plus froide que l’eau[115], soit parce que l’effet refroidissant de l’évaporation se fait plus sentir dans les eaux minces que dans les eaux profondes.
Ce que je viens d’exposer de la marche du courant du golfe mexicain, devient un moyen satisfaisant d’expliquer deux incidents d’histoire naturelle, dignes de remarque, sur la côte des États-Unis.
1º Admettant, comme je l’ai avancé, que le courant est la cause des atterrissements qui bordent son lit, par l’abandon que son remous y fait des matières charriées, l’on trouve une raison naturelle et simple de la présence des produits fossiles du tropique à des latitudes très-avancées vers le nord. Il est très-probable que les bancs de coquilles pétrifiées, découvertes en fouillant et sondant les rivages d’Irlande[116], et qui n’ont leurs analogues que vers les Antilles, doivent leur origine à cette cause ou à toute autre semblable; du moins son action jusqu’au delà du banc de Terre-Neuve est incontestable.
2º En considérant la dilatation du courant sur ce même banc de Terre-Neuve, comme l’embouchure de cette espèce de fleuve marin, l’on obtient encore une raison plausible de l’affluence des poissons-morues à cet endroit, et de leur prédilection pour ses eaux: car, en prolongeant toute la côte du continent depuis la Floride, le courant devient le véhicule de toutes les substances végétales et animales charriées et jetées en mer par les fleuves nombreux et volumineux des États-Unis; et ces matières légères, telles que poissons, insectes, vermisseaux, etc., ne cessant de flotter que là où l’eau amortit son cours, il est très-naturel que les morues qui s’en nourrissent se rassemblent au lieu de la subsidence ou du dépôt.
3º Enfin j’y vois l’explication des éternels brouillards qui affectent ce parage, et à qui l’on ne connaît pas de cause spéciale. En effet, le courant déposant là continuellement un volume d’eaux tropicales, dont la température est plus chaude de 4½ de R. ou 9 de F. que celle de la mer environnante, il en doit résulter le double effet d’une évaporation plus abondante, provoquée par la tiédeur de ces eaux exotiques, et d’une condensation plus étendue, à raison de la froideur des eaux indigènes et de leur atmosphère, qui précisément se trouve dans la direction et sous l’influence des vents du nord-est, et de ceux de la baie glaciale de Hudson... Mais il est temps de revenir à mon sujet dont je ne me suis cependant pas écarté, puisque parlant de courants en général, ceux des eaux ne sont pas une digression étrangère à ceux de l’air, qui en sont habituellement la cause motrice[117].
§ V.
Du vent de nord-ouest.
Le vent de nord-ouest, le troisième et presque le principal dominant aux États-Unis, diffère du sud-ouest sous tous les rapports; il est essentiellement froid, sec, élastique, impétueux et même tempétueux; il est plus fréquent l’hiver que l’été, et plus habituel sur la côte atlantique qu’à l’ouest des Alleghanys, c’est-à-dire dans les bassins du Saint-Laurent, de l’Ohio et du Mississipi: l’on ne peut mieux le comparer qu’au mistral provençal, qui est aussi un vent de nord-ouest, mais d’une origine très-différente; car le mistral, inconnu au nord des Alpes, des montagnes du Vivarais et de l’Auvergne, ne va point chercher sa source par-delà notre Océan tempéré; il la tire évidemment de la région supérieure des montagnes qui environnent les bassins du Rhône et de la Durance, théâtre spécial de sa furie; et il me paraît venir principalement des sommets des Alpes, dont la couche d’air refroidie par les neiges et par les glaciers, se verse dans les vallées pendantes au midi, et surtout dans celle du Rhône où son cours réfléchi et dévié par les chaînes vivaraises, prend la direction de nord-ouest pour toute la Provence; il s’y précipite avec d’autant plus de violence qu’outre sa pesanteur spécifique et la pression de l’atmosphère élevée d’où il se verse, il trouve encore sur la Méditerranée un vide habituel occasioné par l’aspiration des côtes et du continent brûlant de l’Afrique. Aussi se fait-il toujours sentir d’abord sur la mer, et il ne s’établit que successivement et en remontant dans l’intérieur des terres; peut-être à ce torrent aérien qui tombe des Alpes, se mêle-t-il des courants du haut des chaînes du Vivarais et de l’Auvergne; mais ils n’y sont qu’accessoires, et le foyer ou réservoir principal est évidemment le haut pays alpin, sans lequel il serait impossible d’expliquer et de concevoir les apparitions du mistral, subites comme un coup de canon après chaque pluie, surtout dans la saison chaude.