[183] Aussi percent-elles si facilement aux enfants, qu’ils n’éprouvent jamais de maux de dents.

[184] Pendant treize mois que j’ai passés en Corse, j’eus la note certaine de cent onze assassinats de guet-apens par effet de ces vindettes, ou vengeances de talion: sous le gouvernement génois, il y en a eu jusqu’à neuf cents par an. Quel gouvernement! et quel peuple!

[185] Il est curieux d’observer que ces vieillards raisonnent précisément comme le coryphée des politiques italiens. (Machiavelli), qui, dans ses Commentaires sur les décades de Tite-Live, lib. 3, chap. 1er, prescrit également pour restaurer les états, de ramener leurs institutions civiles et religieuses à leur origine. Le paradoxe est palpable dans le cas présent. Aujourd’hui, que je relis cet écrivain, je trouve que la plupart de ses principes, s’ils étaient bien analysés, le laisseraient beaucoup au-dessous de sa réputation de savoir et d’habileté.

[186] Voyez le Discours sur l’origine de l’inégalité des conditions.

[187] Ce que j’avance ici se fonde sur des petits faits très-intéressants dans l’histoire des grandes choses; je les tiens de deux témoins dignes de confiance, feu M. le baron d’Holbach et M. Naigeon, membre actuel de l’Institut. Dans le temps où l’académie de Dijon proposa son prix trop célèbre, Diderot était détenu au château de Vincennes pour sa lettre sur les Aveugles. Rousseau allait le voir quelquefois: dans l’une de ses visites, il lui montre l’annonce du prix. «Ce sujet, dit-il, est piquant, j’ai envie de concourir.—Fort bien, reprit Diderot; mais dans quel sens prendrez-vous la question? Dans son sens, reprit Rousseau; est-ce qu’elle peut en avoir deux? Les sciences et les arts peuvent-ils avoir d’autre effet que de concourir à la prospérité des états?—Eh bien! reprit Diderot, vous serez un enfonceur de portes ouvertes. (Ce furent ses propres termes). Il serait bien plus piquant de soutenir l’inverse.» Rousseau part frappé de cette idée, compose dans ce sens, et est couronné par l’académie de province. Quelque temps après d’Holbach et Diderot se promenant au Cours-la-Reine, rencontrent Rousseau, l’abordent, le complimentent sur son tour de force, et Rousseau plaisante avec eux du succès de son paradoxe et de la bonhomie des académiciens. Les critiques et les contradictions survinrent: Rousseau en fut irrité: d’Holbach et Diderot, compagnons habituels de promenade, le rencontrent encore aux Tuileries: la question revient sur le tapis, et ils sont étonnés de trouver Rousseau tellement aigri et changé d’opinion, qu’il soutient sérieusement avec la véhémence de son caractère, comme vérité, ce qu’il avait d’abord traité lui-même de plaisanterie. D’Holbach en fut frappé, et dit à Diderot: Mon ami, cet homme, dans son premier ouvrage, fera marcher l’homme à quatre pattes; et la prophétie ne fut que trop vraie.—Ainsi voilà le point de départ du système de l’homme qui a affiché pour devise: Vitam impendere vero; et cet homme aujourd’hui trouve des sectateurs tellement voisins du fanatisme, qu’ils enverraient volontiers à Vincennes ceux qui n’admirent pas les Confessions.

[188]

Ceci nous mène à évaluer d’une manière probable la population de tout ce continent. Les États-Unis sont connus pour une quotité de 5,215,000
Les Espagnols admettent le Mexique pour une population totale de 3,000,000
Le Canada, en 1798, comptait 197,000, supposons 200,000
La Louisiane haute et basse ne peut s’admettre pour plus de 40,000
Les deux Florides, à peu près même nombre, ci 40,000
Les Creeks, Chactas, Chicasaws, qui ont 8,000 guerriers, total 24,000
Tous les sauvages de la Wabash et de Michigan, au plus 15,000
La masse de tous les autres sauvages de tout le continent jusqu’à la mer glaciale et à la mer de Nouthka-Sund 600,000
Total 9,134,000

Ainsi l’Amérique-nord n’excède que très-peu neuf millions, et l’on peut compter que le dernier article des sauvages est forcé peut-être de moitié.

L’Amérique-sud ne paraît pas atteindre même ce nombre. Les Espagnols instruits n’évaluent toutes leurs possessions dans cette partie, savoir: Pérou, Chili, Paraguay, Plata, même Caracas, qu’à une population de quatre millions d’ames 4,000,000
Les Indiens non soumis n’y sont pas compris. Le Brésil compte 500,000 Portugais et 600,000 Nègres 1,100,000
Total 5,100,000
Les Indiens non soumis ne peuvent guère s’évaluer avec précision; mais à raison de leur territoire, ils ne sauraient égaler la moitié des blancs; je ne les compte que pour 1,000,000
Les colonies des Antilles et de l’isthme de Panama, ne passent pas 1,800,000
La Guyanne hollandaise et française ne comportent pas plus de 75,000
Total 7,975,000

Voilà environ 8,000,000: supposons-en 10, il n’en est pas moins vrai que les deux Amériques réunies ne sauraient arriver à plus de 20,000,000.