IV

Mais quoi! Était-ce vrai? Un autre univers descendait vers nous! Des millions et des millions de soleils groupés ensemble planaient, nouvel archipel céleste, et allaient se développant comme une vaste nuée d’étoiles à mesure que nous montions. J’essayai de sonder du regard, tout autour de moi, dans toutes les profondeurs, l’espace infini, et partout j’apercevais des lueurs analogues, des amas d’étoiles disséminés à toutes les distances.

Le nouvel univers dans lequel nous pénétrions était surtout composé de soleils rouges, rubis et grenats. Plusieurs avaient absolument la couleur du sang.

Sa traversée fut une véritable fulguration. Rapidement nous filions de soleil en soleil, mais d’incessantes commotions électriques nous atteignaient comme les feux d’une aurore boréale. Quels étranges séjours que ces mondes illuminés uniquement par des soleils rouges! Puis, dans un district de cet univers nous remarquâmes un groupe secondaire composé d’un grand nombre d’étoiles roses et d’étoiles bleues. Tout à coup une énorme comète dont la tête ressemblait à une gueule colossale se précipita sur nous et nous enveloppa. Je me pressais avec terreur contre les flancs de la déesse qui, un instant, disparut pour moi dans un lumineux brouillard. Mais nous nous retrouvâmes de nouveau dans un désert obscur, car ce second univers s’était éloigné comme le premier.

«La création, me dit-elle, se compose d’un nombre infini d’univers distincts, séparés les uns des autres par des abîmes de néant.

— Un nombre infini?

— Objection mathématique, répliqua-t-elle. Sans doute un nombre, quelque grand qu’il soit, ne peut pas être actuellement infini, puisqu’on peut toujours par la pensée l’augmenter d’une unité, ou même le doubler, le tripler, le centupler. Mais souviens-toi que le moment actuel n’est qu’une porte par laquelle l’avenir se précipite vers le passé. L’éternité est sans fin, et le nombre des univers sera, lui aussi, sans fin.

«Regarde! Tu vois encore, toujours, et partout, de nouveaux archipels d’îles célestes, de nouveaux univers.

— Il me semble, ô Uranie! que depuis bien longtemps déjà, et avec une grande vitesse, nous montons dans le ciel sans bornes?

— Nous pourrions toujours monter ainsi, répliqua-t-elle, jamais nous n’atteindrions une limite définitive.