«Nous sommes à une telle distance de la Terre, me dit Uranie, que la lumière emploie pour arriver de là jusqu’ici tout le temps qui nous sépare de l’époque de Jules César. Nous recevons seulement maintenant, ici, les rayons lumineux partis de la Terre à cette époque. Pourtant la lumière voyage dans l’espace éthéré avec la vitesse de trois cent mille kilomètres par seconde. C’est rapide, très rapide, mais ce n’est pas instantané. Les astronomes de la Terre qui observent maintenant les étoiles situées à la distance où nous sommes, ne les voient pas telles qu’elles sont actuellement, mais telles qu’elles étaient au moment où sont partis les rayons lumineux qui arrivent seulement aujourd’hui, c’est-à-dire telles qu’elles étaient il y a plus de dix-huit siècles.
«De la Terre, ajouta-t-elle, ni d’aucun point de l’espace, on ne voit jamais les astres tels qu’ils sont, mais tels qu’ils ont été. On est d’autant plus en retard sur leur histoire qu’on en est plus éloigné.
«Vous observez avec les plus grands soins au télescope des étoiles qui n’existent plus. Plusieurs même des étoiles que vous voyez à l’œil nu n’existent plus. Plusieurs des nébuleuses dont vous analysez la substance au spectroscope sont devenues des soleils. Plusieurs de vos plus belles étoiles rouges sont actuellement éteintes et mortes: en vous approchant d’elles vous ne les verriez plus!
«La lumière émanée de tous les soleils qui peuplent l’immensité, la lumière réfléchie dans l’espace par tous les mondes éclairés par ces soleils, emporte à travers le ciel infini les photographies de tous les siècles, de tous les jours, de tous les instants. En regardant un astre, vous le voyez tel qu’il était au moment où est partie la photographie que vous en recevez, de même qu’en entendant une cloche vous recevez le son après qu’il est parti, et d’autant plus longtemps après que vous en êtes plus éloigné.
«Il en résulte que l’histoire de tous les mondes voyage actuellement dans l’espace, sans jamais disparaître absolument, et que tous les événements passés sont présents dans le sein de l’infini et indestructibles.
«La durée de l’univers sera sans fin. La Terre finira, et ne sera plus un jour qu’un tombeau. Mais il y aura de nouveaux soleils et de nouvelles terres, de nouveaux printemps et de nouveaux sourires et toujours la vie fleurira dans l’univers sans bornes et sans fin.
«J’ai voulu te montrer, fit-elle après un instant de pause, j’ai voulu te montrer comment le temps est éternel. Tu avais senti l’infinité de l’espace. Tu avais compris la grandeur de l’univers. Maintenant, ton voyage céleste est accompli. Rapprochons-nous de la Terre et reviens dans ta patrie.
«Pour toi, ajouta-t-elle encore, sache que l’étude est la seule source de toute valeur intellectuelle; ne sois jamais ni pauvre ni riche; garde-toi de toute ambition comme de toute servitude; sois indépendant; l’indépendance est le plus rare des biens, et la première condition du bonheur.»