«La matière et l’énergie n’ont jamais été vues séparées l’une de l’autre; l’existence de l’une implique l’existence de l’autre; il y a peut-être identité substantielle de l’une et de l’autre.

«Que le corps se désagrège tout d’un coup après la mort, comme il se désagrège lentement et se renouvelle perpétuellement pendant la vie, peu importe. L’âme demeure. L’atome psychique organisateur est le centre de cette force. Lui aussi est indestructible.

«Ce que nous voyons est trompeur. Le réel, c’est l’invisible.»

Il se mit à marcher à grands pas. La jeune fille l’avait écouté comme on écoute un apôtre, un apôtre bien-aimé, et quoiqu’il n’eût, en fait, parlé que pour elle, il n’avait pas paru prendre garde à sa présence, tant elle s’était faite immobile et silencieuse. Elle s’approcha de lui et lui prit une main dans les siennes. «Oh! fit-elle, si tu n’as pas encore conquis la Vérité, elle ne t’échappera pas.»

Puis, s’enflammant elle-même et faisant allusion à une réserve souvent exprimée par lui: «Tu crois, ajouta-t-elle, qu’il est impossible à l’homme terrestre d’atteindre la Vérité, parce que nous n’avons que cinq sens et qu’une multitude de manifestations de la nature restent étrangères à notre esprit, n’ayant aucune voie pour nous arriver. De même que la vue nous serait refusée si nous étions privés du nerf optique, l’audition si nous étions privés du nerf acoustique, etc., de même les vibrations, les manifestations de la force qui passent entre les cordes de notre instrument organique sans faire vibrer celles qui existent, nous restent inconnues. Je te le concède, et j’admets avec toi que les habitants de certains mondes peuvent être incomparablement plus avancés que nous. Mais il me semble que, quoique terrien, tu as trouvé.

— Chère bien-aimée, répliqua-t-il en s’asseyant auprès d’elle sur le vaste divan de la bibliothèque, il est bien certain que notre harpe terrestre manque de cordes, et il est probable qu’un citoyen du système de Sirius se rirait de nos prétentions. Le moindre morceau de fer aimanté est plus fort que Newton et Leibnitz pour trouver le pôle magnétique, et l’hirondelle connaît mieux que Christophe Colomb ou Magellan les variations de latitude. Qu’ai-je dit tout à l’heure? Que les apparences sont trompeuses et qu’à travers la matière notre esprit doit voir la force invisible. C’est ce qu’il y a de plus sûr. La matière n’est pas ce qu’elle paraît, et nul homme instruit des progrès des sciences positives ne pourrait plus aujourd’hui se prétendre matérialiste.

— Alors, reprit-elle, l’atome psychique cérébral, principe de l’organisme humain, serait immortel, comme tous les atomes d’ailleurs, si l’on admet les assertions fondamentales de la chimie. Mais il différerait des autres par une sorte de rang plus élevé, l’âme lui étant attachée. Et il conserverait la conscience de son existence? L’âme serait-elle comparable à une substance électrique? J’ai vu une fois la foudre passer à travers un salon et éteindre les flambeaux. Lorsqu’on les ralluma, on trouva que la pendule avait été dédorée et que le lustre d’argent ciselé avait été doré sur plusieurs points. Il y a là une force subtile.

— Ne faisons pas de comparaisons; elles resteraient toutes trop éloignées de la réalité. Nous savons tous que nous mourrons, mais nous ne le croyons pas. Eh! comment pourrions-nous le croire? Comment pourrions-nous comprendre la mort, qui n’est qu’un changement d’état du connu à l’inconnu, du visible à l’invisible? Que l’âme existe comme force, c’est ce qui n’est pas douteux. Qu’elle ne fasse qu’un avec l’atome cérébral organisateur, nous pouvons l’admettre. Qu’elle survive ainsi à la dissolution du corps, nous le concevons.