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En définitive, c’est bien par ce mot de patrie gauloise qu’il faut résumer sa rapide existence, son caractère, ses espérances et son œuvre.
S’il a combattu et s’il est mort, c’est uniquement par amour pour cette patrie. Jules César, qui l’a connu comme ami, comme adversaire, comme prisonnier, l’a dit et le lui a fait dire, et ne nous laisse jamais supposer, dans les actes de Vercingétorix, un autre mobile que le patriotisme. La dernière parole que l’auteur des Commentaires place dans la bouche de son ennemi est celle-ci: «qu’il ne s’arma jamais pour son intérêt personnel, mais pour la défense de la liberté de tous»; et c’est sans doute parce que César redouta la puissance de ce sentiment exclusif que, Vercingétorix une fois pris, il ne le lâcha que pour le faire tuer.
La patrie gauloise, telle que l’Arverne se la représentait, c’était, je crois, la mise en pratique de cette communauté de sang, de cette identité d’origine que les druides enseignaient: avoir les mêmes chefs, les mêmes intérêts, les mêmes ennemis, une «liberté commune». Que cette union aboutît, dans sa pensée, à un royaume ou à un empire limité, compact, allant du Rhin aux Pyrénées, pourvu d’institutions fédérales, ou qu’elle dût demeurer une fraternité de guerre pour courir et ravager le monde, nous ne le savons pas, et il est possible que Vercingétorix ait rêvé et dit tour à tour l’un et l’autre. Mais, et ceci est certain, il eut la vision d’une patrie celtique supérieure aux clans, aux tribus, aux cités et aux ligues, les unissant toutes et commandant à toutes. Il pensa de la Gaule attaquée par César ce que les Athéniens disaient de la Grèce après Salamine: «Le corps de notre nation étant d’un même sang, parlant la même langue, ayant les mêmes dieux, ne serait-ce pas une chose honteuse que de le trahir?»
Et Vercingétorix identifia si bien sa vie avec celle de la patrie gauloise, que, le jour où les dieux eurent condamné son rêve, il ne songea plus qu’à disparaître.
CHAPITRE XX
SOUMISSION DE LA GAULE ET MORT DE VERCINGÉTORIX
Ὁ δὲ Καῖσαρ (Οὐερκιγγετόριγα)... εὺθὺς ὲν δεσμοῖς ἔδησε καὶ ἐς τὰ ὲπινίκια μετὰ τοῦτο πέμψας ἀπέκτεινε.
Dion Cassius, Histoire romaine, XL, 41, § 3.
I. César se réconcilie avec les Éduens et les Arvernes. — II. Organisation de la résistance par les chefs patriotes. — III. Campagnes de 51. Destinées des différents chefs. — IV. Départ de César et vaines espérances de soulèvement. — V. Rôle des Gaulois dans l’armée de César et dans les guerres civiles. — VI. Triomphe de César et exécution de Vercingétorix.