Le dernier acte de son sacrifice s’accomplit le soir même. Il avait vu le triomphe de son vainqueur, il ne lui restait plus qu’à mourir. Au moment où le cortège, sortant du Forum, gravit les pentes du Capitole à la lueur des lampadaires que portaient quarante éléphants, le roi des Arvernes fut conduit dans la prison creusée au pied de la montagne sacrée; et pendant que César amenait ses autres victimes à Jupiter, Vercingétorix fut mis à mort[9].
CHAPITRE XXI
TRANSFORMATION DE LA GAULE
Gallos Cæsar in triumphum ducit, idem in Curiam.
Suétone, Vie de César, LXXX.
I. Progrès de la patrie romaine. — II. Transformation des chefs. — III. Transformation des grandes villes. — IV. Transformation des grands dieux. — V. Le Puy de Dôme cent ans après Vercingétorix. — VI. Tentatives de révolte en 69–70: le congrès de Reims et la fin du patriotisme gaulois.
I
Ce jour-là, les Romains avaient chanté, sur le passage du dictateur: «Les Gaulois suivent le triomphe de César: mais il les mène ensuite siéger dans le sénat.» Ce qui n’était alors qu’une boutade populaire devint bientôt une réalité.
Il restait encore des témoins de la lutte qu’avait dirigée Vercingétorix: les familles des chefs qui avaient combattu avec lui; les villes qu’il avait armées et défendues contre César; les divinités dont il avait cru faire la volonté. Les deux générations qui suivirent sa mort, celles qui obéirent à Octavien Auguste (44 av.-14 ap. J.-C), virent ces témoins disparaître ou se transformer. Ces êtres gaulois ne furent plus seulement soumis à Rome, mais romains d’apparence et d’intention. Les Celtes se préparèrent à aimer le peuple qui les avait vaincus, en copiant ses hommes, sa ville et ses dieux. Leur patriotisme romain naquit peu à peu de l’oubli des traditions gauloises.