La Gaule celtique, privée de son chef, était ouverte aux Romains. Peut-être quelques-uns songèrent-ils dès lors à la conquérir. Les Arvernes vaincus, leurs terres, du droit de la victoire, étaient à Rome. Soixante-dix ans plus tard, César dira qu’ils avaient été, eux et leurs clients, dans la main du sénat et que celui-ci aurait pu exercer, sur toute la Gaule, un «très légitime empire», justissimum imperium.
Il ne le voulut pas: il allait avoir, sur les bras, Jugurtha et bien d’autres ennemis. Seulement, il n’entendit pas que la Gaule conservât même un semblant d’unité.
L’empire arverne n’exista plus, chaque nation conserva ou reprit son autonomie. Mais, comme cet empire avait été l’œuvre de la royauté, comme les Gaulois en confondaient peut-être l’idée avec le prestige de la famille de Luern et de Bituit, les Romains s’arrangèrent pour supprimer l’hérédité du pouvoir royal: le sénat se fit livrer Congenat, fils de Bituit, et le garda à Rome. Au reste, à part cela, il laissa les Arvernes et la Gaule «jouir de leurs propres lois». Il se contenta de réunir à son empire les pays situés au sud et à l’est des Cévennes. Les Volques, les Salyens, les Allobroges, les Helviens de l’Ardèche durent reconnaître, au lieu de l’alliance arverne, la souveraineté du peuple romain. Leur territoire forma la province de Gaule Transalpine, à laquelle Narbonne devait donner le nom de Gaule Narbonnaise.
De cette domination des Arvernes et de cette victoire des Romains, il resta deux impressions plus ou moins exactes dans les générations qui suivirent: — que les Gaulois n’étaient demeurés libres que par la grâce de Rome, — que les Arvernes avaient autrefois commandé à toute la Gaule. Les Romains ne voulurent pas oublier leur rôle de vainqueurs généreux, mais les Gaulois ne purent perdre le souvenir des liens qui les avaient attachés au peuple arverne.
CHAPITRE V
CELTILL, PÈRE DE VERCINGÉTORIX
Vercingetorix, Celtilli filius, Arvernus,... cujus pater principatum Galliæ totius obtinuerat.
César, Guerre des Gaules, VII, 4, § 1.
I. Politique et alliances du sénat en Gaule. — II. Révolutions aristocratiques. — III. Cimbres et Teutons en Gaule. — IV. Celtill: reconstitution de l’empire arverne. — V. L’aristocratie arverne renverse Celtill. — VI. Formation des deux ligues arverne-séquane et éduenne. — VII. Victoire de la première avec l’aide des Germains. — VIII. Le parti national: Orgétorix et Dumnorix.