(Οἱ Κελτοὶ)... ἀνὰ μέσον Ῥήνου... καὶ τῶν Πυρηναίων ὀρῶν... ἀθρόοι καὶ κατὰ πλῆθος ἐμπίπτοντες, ἀθρόοι κατελύοντο.

Strabon, Géographie, IV, IV, 2, p. 196.

I. Situation d’Alésia; arrivée de César. — II. Infériorité d’Alésia comme position militaire. — III. Commencement du blocus; construction des camps et des redoutes romaines. — IV. Nouvelle défaite de la cavalerie gauloise dans la plaine des Laumes. — V. Vercingétorix appelle la Gaule à son secours. — VI. Des intentions de César. — VII. Construction de la double ligne d’investissement. — VIII. De l’utilité de la levée en masse. — IX. Préparatifs des Gaulois du dehors. — X. Famine dans Alésia; discours de Critognat. — XI. Arrivée et composition de l’armée de secours. — XII. Première journée de bataille. — XIII. Seconde journée. — XIV. Troisième journée.

I

Tout concourut pour faire de la guerre d’Alésia l’épisode le plus grandiose de la vie de Vercingétorix, et l’acte décisif de la résistance de la Gaule au peuple romain: la gloire de cette cité, que les légendes populaires disaient inviolable, et où elles plaçaient le foyer de la race; la présence, pour la défendre ou pour l’attaquer, de tous les chefs des tribus indépendantes et de toutes les légions du général conquérant; enfin, l’immensité et l’aspect du champ de bataille[6].

Le pays que domine Alésia semblait désigné pour être le champ clos d’une de ces rencontres où se décident d’un coup la fortune des grands hommes et le sort des grands peuples. Il a la forme théâtrale qui convient au cadre des solennités historiques.

Le mont d’Alésia surgit de la plaine, complètement isolé des autres hauteurs, homogène, compact, sans contre-forts ni caps avancés, couronné par une vaste plate-forme qui repose sur ses flancs inclinés comme un gigantesque entablement. À ses pieds, trois rivières sinueuses, la Brenne, l’Oze, l’Ozerain, lui forment, sur les neuf dixièmes de son pourtour, une ceinture d’eaux et de vallons. Au Levant, un col étroit est le seul trait d’union par lequel Alésia se relie aux terres voisines. À l’Ouest, s’étend devant elle la grande plaine des Laumes, large de 3 000, longue de 4 500 mètres. Enfin, au delà de ces ruisseaux et de cette plaine, l’horizon est fermé par un encadrement de montagnes qui s’élèvent à la même hauteur qu’Alésia, et qui lui font face de toutes parts: la tranchée qui les sépare d’elle ne s’élargit que pour laisser place aux vallées découvertes du Couchant. — On dirait un cirque construit pour le plaisir de géants: les collines de l’horizon présentent les gradins; la plaine des Laumes forme l’arène; Alésia, droite au milieu, fait songer à quelque autel colossal.

La ville, qui occupait tout le sommet de la montagne, était une de ces cités de refuge que, seules, Vercingétorix désirait épargner. Elle s’étendait sur plus de 2 kilomètres de long, et, par endroits, sur près de 800 mètres de large; sa superficie était de presque un million de mètres carrés (97 hectares), supérieure à celles d’Avaricum et de Gergovie même. Cent mille hommes et davantage pouvaient s’abriter derrière ses remparts ou sur les terrasses en contre-bas du plateau.

Vercingétorix, qui laissait le moins possible au hasard, avait déjà tout préparé en vue d’un siège. — C’était du côté de l’Est que la ville était la moins forte: là, les flancs de la montagne ne tombaient pas dans la plaine, un seuil les unissait aux collines voisines, l’escalade était plus facile par une montée plus douce, et César, sans être trop téméraire, aurait pu songer à construire sur ce point une terrasse d’approche. Aussi Vercingétorix avait-il, à cet endroit, tout comme sur le versant le moins raide de Gergovie, établi une ligne de défenses avancées, formée de fossés et de murailles hautes de six pieds, et il fit camper sur ce boulevard la presque totalité de ses troupes. — Dans Alésia même, il avait assez de vivres, viande et blé, pour nourrir, un mois et davantage, la multitude de ses soldats et de ses fugitifs: car la tribu des Mandubiens s’y était réfugiée tout entière, hommes, femmes et enfants, et, ce qui était plus utile, de nombreux bestiaux avec elle. Il avait aussi accumulé de quoi construire un matériel d’artillerie et de siège, et attaquer le camp de César dans de meilleures conditions qu’à Gergovie.

Les précautions étaient si bien prises que, lorsque César arriva devant Alésia, le lendemain de sa victoire, les vaincus de la veille, si désespérés qu’il les supposât, se trouvaient déjà à l’abri d’un coup de main. L’élan du proconsul fut arrêté, ainsi que devant Gergovie.