Il était assis, près de la fenêtre ouverte, déjà si faible, une lumière dans les yeux, la lumière de cette déclinante et tranquille après-midi aux ors légers d’automne et, plus encore, quelque mystérieuse clarté qui ne venait pas du dehors. Un souffle fraîchissait aux feuillages du square, il montait le sanglot d’une girande en jet d’argent retombant au granit rose de la vasque. C’était un quartier retiré, dans un silence de maisons. Au loin, comme un orage, roulait la grande rumeur basse de la ville.

Une présence doucement auprès de lui se révéla, un magnétisme d’esprits en efflux subtilement répandus. Nul bruit n’était monté des chambres, feutrées de tapis épais, et cependant il sentit qu’un pas les avait frôlés et venait. Il retourna la tête et aperçut sa femme en peignoir de laine blanche, dans une jeunesse d’ans et de beauté.

— Je savais que tu étais là, lui dit-il.

Et il lui prenait les mains, il l’attirait d’un geste d’infinie tendresse, regardant s’abaisser à mesure vers le sien, dans les lueurs du soir vermeil, la clarté heureuse de son visage.

— Tu es toute vêtue de blancheur… tu es blanche comme la joie, comme l’espoir, comme ton âme même… J’aime qu’il règne autour de moi cet air de bonheur.

Il lui souriait avec lassitude, usé par la vie, l’âme glissée jusqu’aux limites de ses forces, n’ayant plus, lui aussi, dans l’éteignement du regard, que le déclin des lumières qui sur le square s’accordait avec le déclin de la saison et passait comme une chaleur dernière d’humanité et de nature.

— Quelle imprudence ! lui dit-elle. Voilà que déjà monte le froid du soir et tu restes là, devant cette fenêtre ouverte.

D’un mouvement faible de la tête aux capitons du fauteuil, il eut le grand mot résigné des malades qui ne veulent plus lutter :

— Que m’importe ! Un peu plus tôt, un peu plus tard, puisque aussi bien cela doit arriver.

Le vieil attachement triste s’éveilla ; elle lui appuya au front le baiser des bonnes lèvres qui autrefois furent amoureuses.