...Mais où suis-je? Quels événements m'ont réduit à coucher dans cet horrible lieu? se demanda Lépervié, moulu, en considérant autour de lui le meuble indigent, trois chaises de paille, une table et son pot à l'eau sur une toile cirée, le lit où maintenant, sous la pluvieuse lumière triste d'une fenêtre aux rideaux divergents, le sens le réintégrait.

Il regarda sa montre; elle marquait cinq heures. Ah! fit-il en allant à la fenêtre et soulevant l'algérienne effrangée, c'est déjà le matin! Alors son étonnement redoubla.

«Est-ce que je rêve? (Et il frottait ses yeux lourds de nuit encore et d'antérieures visions.) C'est bien là pourtant un quai maritime. Oui, voilà bien des mâts de vaisseaux, une fumée de steamers chauffant pour un départ, les eaux d'un fleuve; et tous ces hommes vont et viennent sous des faix, avec un rythme prudent, comme s'ils emportaient des trésors.»

Il lui semblait les avoir aperçus déjà ou tout au moins des êtres similaires. Oui, des faces en cuir tanné crevant des barbes de soleil... Des globes lumineux tournaient... Une chambre basse et fumeuse où des gens riaient... Il ne se rappelait rien au delà. Ses bottines étaient au pied du lit; il constata qu'il avait dormi dans ses habits; et c'était encore cette question torturante:

—Comment suis-je ici?

Puis la porte s'ouvrait doucement, une fille entrait et lui disait en riant:

—Allons, c'est bon, puisque vous voilà éveillé.

Il l'avait déjà vue, cette fille, et cependant il n'aurait pu préciser où.

—Ah! c'est de dormir que vous devez être fatigué, ajouta-t-elle. Depuis la nuit d'avant-hier, il s'est passé presque deux jours.

—Mais quelle heure est-il? interrogea Lépervié, anxieux.