Paule en courant avait traversé le jardin, s'était jetée aux bras de sa mère, avec cette clameur brève:

—M'man! m'man! oh! maman!

Mme Lépervié, ignorante encore, mais soudain toute froide, le cœur arrêté, la pressait contre son sein,—d'un geste de passion et de défense enfonçait en l'abri de son sein cette chère tête aux roses muées en lys. Et, avec les mots câlins dont on dorlotte l'hallucination d'un petit enfant fiévreux:

Voyons... Remets-toi... Ce n'est pas vrai... Je t'assure qu'il n'est rien arrivé.

Paule plus avant entrait son visage dans cette chaleur de la poitrine maternelle, demeurait là, avec la ténèbre sur ses yeux de cette nuit de la gorge, baignant le mal de ses pauvres yeux dans les froides sueurs montées à ces mamelles de la mère, les y lavant comme en la fraîcheur d'une eau de la douloureuse souillure (ses tristes yeux fermés sous le rideau des paupières pour échapper à la tenace horreur de la vision, et néanmoins toujours plus large ouverts sur la brûlante horreur de la vision entrée en leurs orbes et qui n'en pouvait plus sortir!)

—Mais voyons, parle, qu'as-tu? répétait Mme Lépervié, en courbant jusqu'aux cheveux de l'enfant sa bouche errante en baisers, (répétait-elle maintenant, torturée de mortelles angoisses).

Et enfin Paule, sans lever la tête, du fond de cette poitrine où elle roulait son front et ses yeux, en paroles comme voilées des obscurités d'un songe, gémissait:

—Oh! maman!... Papa... dans ton lit... Il la tuait! (en paroles qui, murmurées dans la chair maternelle, pénétrèrent directement au cœur prochain, y entrèrent comme des pointes de flamberges).

Son sang, dans une seconde d'absolu évanouissement, se congela; elle sentit sa tête retomber loin, très loin en arrière, en un vide sans limites; les yeux fermés, elle resta morte un moment. Puis tout à coup, d'un plus éperdu embrassement elle enlaçait la tête de Paule, ne savait plus retenir ce cri où elle revenait à la vie par la pitié, s'arrêtant de mourir soi-même pour expirer en l'innocence flétrie de la très chaste: