Des rires s'élevèrent du banc des avocats.

—Voyons, messieurs, dit le juge en frappant de la main son pupitre.

Et se tournant vers Lépervié:

—Vous n'êtes pas bien... Il serait, je crois, plus convenable de vous retirer momentanément.

—Oh! dit Lépervié, ce n'est qu'un peu de lourdeur à la tête... Il fait étouffant ici... Je vous en prie, qu'on ouvre un instant la porte.

L'air froid des corridors dissipa passagèrement son engourdissement. Il appela la première affaire, se mit à lire les enquêtes. Mais les lignes s'embrouillaient devant ses yeux, il sautait des paragraphes entiers; il fallut que le juge derechef lui vînt en aide.

Enfin il interrogeait les témoins (c'était pour la centième fois l'histoire d'un pauvre ménage ulcéré,—une mère délaissée avec ses enfants, tandis que le mari concubinait scandaleusement). Mais inopinément s'en prenant à l'une des parties en cause:

—C'est vous, n'est-ce pas, madame, qui—han! ah!—êtes la plaignante? Votre mari aurait des torts envers vous? Est-ce que d'abord il n'a pas été bon époux?... Est-ce qu'il n'avait pas aussi une franche canaille pour grand-père?

—Mais, lui insinua le juge à l'oreille, les agissements du mari sont tout ou long consignés dans la requête... Et vous venez de les lire.

Lépervié haussa les épaules.—Il s'agit bien, n'est-ce pas? d'un mari qui a une maîtresse? Mais à qui—han! han!—pareille chose n'arrive-t-elle pas? Les torts d'ailleurs ne sont pas toujours... toujours... du côté de celui qui... qui paraît le plus coupable.