—Lydie! bégayait-il avec stupeur en considérant l'horrible maigreur de son visage et de son corps (un spectre, en vérité, un lamentable et pâle spectre aux caves orbites, aux bandeaux décolorés collant à des tempes ravinées).
—De qui parlez-vous? Il y avait ici une femme qui s'appelait de ce nom... Je sais qu'on l'appelait Lydie... À présent c'est la Veuve qu'on l'appelle. Il n'y a plus qu'elle ici... Mais en voilà assez! Paix à moi comme aux autres! Je suis entrée pour vous veiller, je ne suis pas venue pour autre chose.
Il tira sa couverture sur ses yeux, ennuyé, grommelant:
—Je n'ai besoin de personne, je demande qu'on me laisse mourir tranquille... Oh! toujours ses grands airs, pensait-il, cela finira par la rendre insupportable. Mais pourquoi s'habille-t-elle de noir à présent? Il n'y a pas de raison à cela... à moins que...
—Ah! dit-il timidement en la suivant des yeux tandis qu'elle allumait la veilleuse, est-ce que vous ne pourriez pas faire venir les enfants?
—Malheureux! cria aussitôt Mme Lépervié... Ah! le malheureux! répéta-t-elle en se parlant à elle-même, ses enfants! Voilà arrivé ce cruel moment! Ensuite elle lui disait avec emportement:—Écoutez... Vos enfants... Eh bien, non, ça ne se peut pas... Voyons, taisez-vous, cela est impossible, vous dis-je.
Mais il s'entêtait.
—Je veux les voir, Guy! Paule! criait-il avec obstination en pleurant et s'agitant.
Mme Lépervié porta les deux mains à son cœur.
—Ah! il me tue! Que je meure, mon Dieu!... Mais cessez donc de les appeler! Taisez-vous!... Mon Dieu, faites qu'il se taise!