CAMILLE PERT

CADY MARIÉE

I

Quand la femme de chambre apportant le chocolat frappa à la porte, Cady dormait encore, ou feignait de dormir, couchée à plat ventre au milieu du grand lit, la figure cachée dans l’oreiller.

Son mari, Victor Renaudin, se leva et passa vivement une robe de chambre pour aller prendre le plateau des mains de Joséphine, au seuil de la pièce.

Il avait, poussée à l’extrême, la pudeur de l’intimité, et il n’avait jamais pu admettre l’insouciance de Cady à cet égard, ni souffrir qu’une domestique pénétrât dans la chambre conjugale à l’heure du réveil et du lever.

Le plateau déposé sur une table, il passa dans le cabinet réservé à son usage, y fit une toilette sommaire et revint ouvrir les persiennes des trois fenêtres.

La chambre, vaste et haute de plafond, était située à cet angle lumineux et pittoresque du quai qui fait face à la colonnade du palais du Louvre.

Ce matin de mars, le soleil, très vif dans la buée étincelante qui montait de la Seine, traversait en toute liberté les grands arbres défeuillés de la berge, et vint brusquement illuminer l’appartement.

Cady se tourna, d’un souple mouvement de reins, et grogna :