Les yeux de Cady s’attachèrent, profonds et graves, sur ceux de son ami, et elle prononça avec lenteur, ardemment, d’un accent qui mit soudain un frisson d’indicible émoi sous l’épiderme du jeune homme :
— Oh ! si, Georges, je risque beaucoup avec toi… Mais, cela m’est égal.
XXI
Avril touchait à sa fin. Après une quinzaine glaciale qui avait conservé l’aspect hivernal dans Paris, retardé l’éclosion des toilettes claires, des chapeaux fleuris qui sont comme la végétation vespérale prématurément éclose de la ville, trois journées splendides avaient brusquement instauré l’été.
Ce dimanche matin, Cady fut réveillée de bonne heure par le départ de son mari, qu’une affaire criminelle réclamait inopinément. Elle se leva, séduite par le soleil radieux, l’air doux et léger qui envahissaient la chambre par les fenêtres ouvertes sur cette subite naissance du printemps.
Un kimono sur ses épaules nues, elle s’accouda au balcon, et, les paupières closes, elle rêva, se laissant aller à l’espèce d’étourdissement qu’apportait en elle ce bain d’air et de clarté.
Sans doute, cette caresse des choses serait sa meilleure impression de toute cette journée qui s’annonçait assez morne pour elle.
Les dimanches lui étaient une lourde corvée : et, évidemment, celui-ci ne vaudrait guère mieux que les autres, bien que l’absence de Renaudin la délivrât de la sempiternelle promenade conjugale qui était pour l’époux la joie la plus attendue et la plus précieuse après la semaine laborieuse.
Elle ne sortirait point ce matin ; ensuite, elle assisterait à l’obligatoire déjeuner dominical chez Mme Darquet ; puis, probablement, elle accompagnerait sa mère et sa sœur dans quelques visites ennuyeuses.
Elle soupira. Ah ! si Georges avait été libre !… Mais, ses dimanches à lui aussi appartenaient à on ne sait quel devoir mystérieux et inéluctable.