— A propos de quoi voulez-vous que je prenne la peine de mentir pour vous, monsieur et cher ami ? Est-ce que je vous dois compte de mes pensées, de mes actes, de ma conduite ?
L’irritation de Deber tomba :
— Vous avez raison, fit-il avec découragement.
Après un silence pendant lequel on leur apporta le thé commandé, il s’enquit :
— Comment se fait-il que votre mari ne soit pas dans le train avec vous ?
Cady, en beurrant son croissant, expliqua la combinaison Durand de l’Ile. Deber fit un geste de mauvaise humeur.
— En vérité, il faut que votre mère n’ait pas tout l’esprit qu’on lui prête pour s’être entichée de cette personne !… Quant à moi, je l’exècre. Elle me cause un sentiment de répugnance irrésistible.
Et, soudain, parce que son regard avait rencontré le visage de Cady, parce que ce visage avait cette pureté indescriptible de contour de la jeunesse, que des cils baissés mettaient une ombre chaude sur l’épiderme mat, parce que des lèvres fraîches et humides s’avivaient de pourpre en mordant dans le pain, il se sentit vaincu, et s’attendrit.
— Cady, pourquoi est-ce que je suis ici ?
Elle répliqua tranquillement, sans lever les yeux :