— Ton âme… ton âme… Moi, qui crois bigrement la connaître, j’en arriverai peut-être un jour à n’y plus rien démêler… Elle m’a l’air de curieusement évoluer en ce moment !…

Elle bâilla.

— Eh bien, ça ne serait pas trop tôt, car je m’assomme moi-même autant que vous m’horripilez… et c’est pas petit !…

III

En suivant d’un pas de flâne, malgré le froid assez vif, l’avenue Victor-Hugo, vers la place de l’Étoile, Cady aperçut devant elle Maurice Deber, venant en sens inverse. Elle le reconnut aussitôt, et comme si elle l’eût rencontré la veille, elle lui adressa un gentil sourire, un demi-salut, et passa.

« Il n’a guère changé, pensa-t-elle. Il a toujours sa vilaine tête pointue et fiévreuse, avec des yeux de brigand calabrais. »

Ensuite, indifférente, elle l’oublia. Son esprit retomba au morne néant dans lequel elle s’enlisait depuis quelque temps.

Mais une ombre la dépassa vivement ; un chapeau s’agita devant elle ; un grand corps se courba ; une voix altérée murmura :

— Je ne me trompe pas ?… Pardon, vous êtes bien…

Pendant un instant, elle songea à feindre l’incompréhension et à filer, le laissant confondu. Puis, son caprice fit volte-face ; elle répondit en riant, dévisageant curieusement le colonial :