Elle le nargua.

— Allons, je suppose qu’en pleine rue vous ne me larderez pas de coups de couteau ? Évidemment, je ne me risquerais pas en votre compagnie au coin d’un bois !

Il courba la tête, sombre, sans rien ajouter. Elle fit un geste conciliant.

— Tenez, cette solitude propice aux démonstrations dramatiques ne vous vaut rien. Il faut que je vous ramène en des lieux plus civilisés.

En même temps, elle appelait un auto-fiacre, qui les guettait de loin. Elle y grimpa, fit signe à Maurice de la suivre et jeta au chauffeur :

— Au Bellevue-Palace !

Il l’accompagnait, morne, absorbé, comme hypnotisé, insensible à ce qui l’entourait, l’esprit bien loin des gestes qu’il accomplissait.

Ils s’installèrent à une petite table dans le vaste hall où l’on prenait le thé, bondé de femmes élégantes aux toilettes et aux chapeaux extravagants, dévorées des yeux par d’autres femmes plus effacées, petites bourgeoises ou couturières, qui venaient surprendre en ce lieu les modes nouvelles.

La musique quelconque des tziganes sertissait plutôt qu’elle ne dominait le bruit insaisissable et bourdonnant d’une foule qui cause, même en chuchotant. Tout était blanc, d’une richesse très moderne. Le plafond un peu écrasé, le genre de la décoration, la foule cosmopolite, faisaient songer à un luxueux salon de grand paquebot.

A présent, Maurice Deber, très calme, assagi, questionnait Cady d’une voix douce, écoutant religieusement ses réponses, s’efforçant de reconstituer ces douze années de son absence, pendant lesquelles l’enfant troublante de jadis était devenue la femme d’aujourd’hui.