Enivré et suppliant, il jeta à son oreille :
— Cady, pourquoi ne voulez-vous plus m’aimer ?… Je vous adore !…
Elle éclata de rire et le quitta.
— Si c’est là tout ce beau secret !…
Là-bas, le tête-à-tête de Mme Voisin et de l’attaché du cabinet avait été interrompu par Jeanne Darquet qui, remorquant la fatuité imbécile du jeune sous-préfet René Durand de l’Ile, le forçait à s’incliner devant toutes les puissances réunies chez sa mère.
Courtaude, la taille massive, la démarche dandinante et sans grâce, la jeune fille avait une jolie tête au menton volontaire, aux yeux froids et autoritaires. Adorée par Mme Darquet, elle lui rendait peu d’affection. Elle avait, malgré son jeune âge, tracé au fond de son cœur sec, de son esprit pratique et égoïste, tout un plan concernant sa vie et son avenir, que, sans se laisser distraire un instant, elle s’appliquait à préparer en silence. L’incapacité du fils de Mme Durand de l’Ile plaisait à son besoin d’activité. Elle avait décrété qu’il serait l’armature nécessaire à ses projets, le mari rêvé pour une fille de son caractère.
De son côté, Mme Darquet passait de groupe en groupe.
— Mesdames, messieurs, monsieur le ministre, si vous voulez monter… Mlle Lara et M. Georges Behr veulent bien nous dire une primeur, une scène de la pièce nouvelle.
Et, s’emparant du bras du président du conseil, elle lui sourit avec autorité :
— Allons, cher ami, donnez le bon exemple…