Renaudin reprit, d’un accent de cordialité un peu forcée.

— Mon cher ami, ne m’en veuillez pas de ne point accepter votre proposition… et prouvez-le en étant notre hôte, aussi longtemps qu’il vous plaira de demeurer avec nous, dans la villégiature que je me procurerai.

Le peintre lui jeta un coup d’œil froid.

— Je suis de l’avis de Cady, vous manquez de suite dans les idées… Si vous attachez maintenant de l’importance aux jugements du monde, je ne vois pas en quoi ceux-ci peuvent différer, que ce soit moi qui accepte votre hospitalité, ou vous la mienne… C’est le fait de notre intimité qui peut prêter à de sottes réflexions… qu’il est vraiment un peu tard de redouter à cette heure !…

Cady déclara à son tour :

— Arrangez-vous comme vous voudrez, tous deux, mais qu’il soit bien entendu que si nous allons à la campagne, moi, je ne m’occuperai d’aucun détail d’installation, ni de ménage… de rien, rien, rien… Je veux me reposer, dormir… ne plus exister… Je suis si lasse !…

L’accent qu’elle avait eu, à son insu, en prononçant ces derniers mots, attira sur elle les regards tout à coup soucieux des deux hommes. Et une fois de plus, ils notèrent sa fragilité, le changement de ses traits, l’angle à présent aigu de son visage naguère si joliment arrondi.

Renaudin, le cœur fondu de tendresse et de pitié, conclut avec une précipitation qui semblait arrachée à sa volonté :

— Eh bien, c’est entendu, je louerai la maison dont Laumière parlait, et nous nous y installerons avec ses domestiques. C’est lui qui nous recevra… à mes frais… Oh ! condition expresse !…

Jacques fit un geste d’acceptation.