— J’ai mal ! murmura-t-il. J’ai eu trop de chagrin… Vous me tuez…

Il semblait anéanti, presque évanoui, mais Cady ne se troubla pas, sceptique, attribuant à ce malaise une cause plutôt physique que morale.

Du reste, elle se garda de lui laisser entendre cette appréciation, et feignit de s’apitoyer.

— J’ai eu tort, répéta-t-elle plusieurs fois, contrite, ses cils baissés voilant l’expression railleuse de son regard.

Un silence régna. Deber se remettait peu à peu. Sa lassitude, son découragement étaient extrêmes. Pourtant, sa vanité se trouvait chatouillée par l’humble attitude de la jeune femme. Obscurément, il se sentait redevenir le vainqueur. Se jetant avidement sur cet appât qu’elle agitait sournoisement devant lui, il reprit de l’assurance ; il essaya d’affecter la brutalité d’accent qu’il avait eue naturellement au début de leur entretien.

— Je vous ai isolée, j’ai éloigné de vous cet élément infâme que vous n’auriez jamais dû laisser se glisser dans votre existence, mais ce n’est pas assez, déclara-t-il. Je vous veux désormais obéissante !…

Intérieurement, Cady se tordit, ses lèvres murmurèrent un « tu parles ! » qui mourut prudemment à leur bord humide et vermeil.

Elle esquissa un geste vague qui pouvait être approbatif. Deber l’interpréta en ce sens.

— Me promettez-vous de m’écouter, et de m’obéir ? cria-t-il tout frémissant.

Elle releva sur lui des yeux purs et étonnés. Et, d’une voix d’« ange » prononça, tout à fait répertoire classique :