Deux heures plus tard, elle s’assoupissait doucement, bercée par le bavardage câlin et obséquieux de la femme de chambre, qui avait déjà dressé son lit et disposé des porte-manteaux dans la chambre arabe transformée en penderie pour les toilettes de Cady.
La découverte d’une pile de chemises dans la petite commode laquée fit sourire Joséphine, qui murmura :
— Ce que je les ai cherchées, celles-là !… et ce que j’ai attrapé la pauvre blanchisseuse !
Puis elle se glissa sans bruit hors de l’appartement et descendit à la loge, où elle conversa jusqu’à minuit, s’instruisant, reconstituant toute l’histoire secrète de sa patronne, achevant de se faire une idée nette de la marche à suivre pour obtenir elle-même le plus d’avantages possible en ce drame où le hasard allait lui faire jouer un rôle obscur, mais prépondérant.
La venue, le lendemain matin, de Maurice Deber, immédiatement prévenu par la concierge du retour de Cady, orienta définitivement Joséphine, qui le reçut en l’absence de la jeune femme.
Renaudin, il n’en fallait plus !… Vite, le divorce, et qu’on s’asseye dessus !… Laumière ?… Peuh ! en résumé, vieux garçon passablement rapiat, point désirable… Maurice Deber, c’était la bonne affaire !… Pincé à fond, millionnaire, et voulant le mariage… Ah ! sans compter les profits immédiats, quelle situation se ferait une femme de chambre intelligente dans la maison, auprès de Cady indolente, fainéante, et du patron reconnaissant !… Oui, il fallait que Cady divorçât et qu’elle épousât Deber…
Il y aurait peut-être du tirage, mais ça se ferait !…
Et, en conséquence de cette décision, Joséphine, après avoir mis Maurice Deber au courant des faits survenus, avec tact, prudence, précaution et réticences, négligea d’écrire à Jacques Laumière l’adresse de leur retraite.
« Il sera toujours temps de lui faire cracher d’autre monnaie s’il y a lieu, conclut-elle, mais il ne faut surtout pas qu’il vienne nous embêter ici, non plus que le mari !… »
Pendant qu’en secret Joséphine s’entretenait avec Maurice Deber, Cady, bien loin de se douter de la visite du colonial, prête de bonne heure, reposée, et dans un heureux état d’esprit, se présentait chez Félix Argatte. C’était le jour de réception du jeune avocat, elle dut attendre ; puis, elle fut introduite dans son cabinet.